L’enquête a progressé « de façon significative », a assuré la Gendarmerie royale du Canada (GRC), mardi, lors d’un point de presse dans lequel elle a dévoilé de nouveaux éléments factuels et chronologiques sur la tuerie qui a coûté la vie à 22 personnes, les 18 et 19 avril dernier, en Nouvelle-Écosse.

Audrey Ruel-Manseau Audrey Ruel-Manseau
La Presse

Les enquêteurs ont interrogé plus de 200 témoins, soit la moitié des 435 identifiés jusqu’à maintenant. Ils ont visionné des dizaines de bandes vidéo et ont exécuté une vingtaine de demandes juridiques, notamment pour savoir comment le tireur avait acquis l’artillerie qui lui a permis de commettre cette série de meurtres.

« Le tireur n’aura jamais de procès, mais nous avons le devoir de mener notre enquête selon les mêmes standards que s’il était cité à procès », a déclaré Darren Campbell, responsable des services de soutien de la GRC en Nouvelle-Écosse, mardi.

Des 16 lieux où le tueur a agi lors de sa cavale de 13 heures, 5 sont toujours sous investigation, plus d’une semaine après les évènements. Les endroits seront réquisitionnés « aussi longtemps que l’enquête le nécessitera » a dit la GRC, qui sait maintenant où le tireur a passé la nuit.

Les témoignages recueillis combinés à des images vidéo indiquent que le tireur a fui Portapique « par un champ », à 22 h 35, soit neuf minutes après l’arrivée des policiers sur les lieux des premiers meurtres, samedi soir. Le tueur s’est dirigé vers Debert, où il s’est planqué dans un quartier industriel « sombre, sans beaucoup de bâtisses », jusqu’à 5 h 43, dimanche matin.

« Tout porte à croire que le tireur avait une certaine connaissance des lieux. On ne sait pas ce qu’il a fait durant la nuit », a indiqué Darren Campbell, qui a appelé tous les témoins à se manifester pour reconstituer le fil manquant durant ces quelques heures.

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« Notre priorité est de déterminer comment il a pu accéder à l’équipement qu’il détenait, d’établir ses déplacements des 18-19 avril et de déterminer si une personne était au courant des plans du tireur et, si c’est le cas, si celle-ci l’a aidé de quelque façon que ce soit », a dit l’agent Campbell, en conférence de presse, mardi.

Le tireur était un collectionneur de plusieurs objets, dont des uniformes de police, qu’il détenait en plusieurs exemplaires, selon des informations recueillies auprès de témoins. Il avait aussi un intérêt avoué pour la GRC et possédait quatre voitures ayant fait partie du parc de la police montée.

« On croit qu’il a acquis le véhicule qu’il a utilisé à l’automne 2019 dans une vente aux enchères. Je ne peux pas dire comment il a obtenu les calques et les gyrophares, mais nous avons fait des progrès de ce côté-là », a dit l’agent Campbell.

La GRC a confirmé que le suspect entretenait des liens avec certains de ses agents retraités, qui ont été rencontrés par les enquêteurs au cours des derniers jours. Selon la GRC, rien n’indiquait qu’un d’eux ait été complice du suspect, ni lors de la tuerie ni dans l’acquisition de l’uniforme ou la transformation du véhicule.

L’enquête a aussi permis d’établir que le suspect avait des antécédents en matière de violence conjugale, mais il ne semble pas, selon les enquêteurs, « qu’il ait ciblé délibérément les femmes ». Selon des témoins, le tireur avait eu des disputes avec certaines personnes parmi les victimes – mortes et blessées. Il avait des liens d’affaires ou des liens familiaux avec certaines d’entre elles.

« Il a tué des personnes soit qu’il connaissait, soit qu’il ne connaissait pas et qu’il a ciblé pour des raisons que je ne crois qu’aucun de nous comprendra un jour. Il les a tuées pour des motifs complètement insensés », a déclaré l’agent Campbell.

Dans la nuit du 18 au 19 avril 2020, un denturologiste a tué 22 personnes, dont une adolescente de 17 ans. Neuf sont mortes dans l’un des incendies allumés par le tueur, les autres ont été exécutées par arme à feu. Le principal suspect a été abattu par des policiers à une station-service au terme de sa cavale meurtrière ayant duré 13 heures.