Les trois hommes et la femme accusés d’avoir tué quatre individus liés à la mafia montréalaise en 2016, sont directement cités à procès, a appris La Presse.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

La poursuite, assurée par MJulien Tardif et MPascal Lescarbeau, a déposé hier en Cour supérieure au Palais de justice de Montréal un acte d’accusation direct qui permet de sauter l’étape de l’enquête préliminaire et d’aller à procès.

Jonathan Massari, Domenico Scarfo, Marie-Josée Viau et Guy Dion ont été arrêtés l’automne dernier, par la Sûreté du Québec, dans le cadre d’une enquête baptisée Préméditer.

PHOTO SQ

Jonathan Massari

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Domenico Scarfo

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Marie-Josée Viau

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Guy Dion

Ils sont soupçonnés d’avoir comploté et commis les meurtres de deux lieutenants de la mafia, Lorenzo Giordano et Rocco Sollecito, survenus en mars et mai 2016 à Laval, et de deux frères Giuseppe et Vincenzo Falduto, disparus en juin de la même année et dont les corps n’auraient pas encore été retrouvés.

Selon la théorie de la police, les deux frères Falduto sont tombés dans un guet-apens et auraient été tués sur la propriété du couple Marie-Josée Viau et Guy Dion, à Saint-Jude, près de Saint-Hyacinthe.

Une accusation de moins

Fait à noter, en déposant l’acte d’accusation direct, la Poursuite a scindé le dossier en deux ; d’un côté, Massari et Scarfo sont accusés ensemble d’avoir comploté les meurtres et tué Sollecito et Giordano. Massari est aussi accusé d’avoir comploté les meurtres des frères Falduto et de les avoir assassinés.

Dans l’autre dossier, Marie-Josée Viau et Guy Dion, chef des pompiers de Saint-Jude, sont accusés d’avoir comploté les meurtres des frères Falduto, et de les avoir tués. Ils ne sont plus accusés d’avoir fomenté et commis l’assassinat de Rocco Sollecito comme c’était le cas dans la première dénonciation.

Les quatre accusés sont soupçonnés d’avoir comploté et commis ces quatre meurtres avec la complicité de Salvatore Scoppa, lui-même tué dans le lobby d’un hôtel de Laval en mai 2019.

Selon la Sûreté du Québec, Salvatore Scoppa aurait lui aussi été arrêté et accusé pour les quatre meurtres de 2016 s’il n’avait pas lui-même été tué.

La SQ a soutenu que les quatre meurtres de 2016 ont été commis dans le contexte du conflit qui perdure entre les clans calabrais et siciliens de la mafia montréalaise.

Selon nos informations, Salvatore Scoppa aurait agi sous les ordres de son frère, Andrew, assassiné lui aussi en octobre dernier.

Jonathan Massari, Domenico Scarfo, Marie-Josée Viau et Guy Dion comparaîtront le 29 avril prochain, en Cour supérieure, à la suite du dépôt de l’acte d’accusation direct.

Il y aura ensuite des conférences de gestion avant qu’une date de procès soit fixée.

Rebondissement imprévu

Pendant ce temps, les procédures judiciaires se poursuivent contre l’agent civil d’infiltration (ACI) qui a aidé les enquêteurs du Projet Préméditer à arrêter les présumés meurtriers, mais qui est actuellement lui-même détenu pour menaces de mort.

Des interdits de publication nous empêchent de dévoiler l’identité de l’ACI — et toute information qui permettrait de l’identifier — et les personnes visées par les menaces de mort alléguées.

Durant l’enquête Préméditer, cet ACI, qui aurait lui-même participé à au moins l’un des quatre meurtres de 2016, a notamment porté un dispositif d’enregistrement portatif grâce auquel les enquêteurs auraient obtenu des conversations compromettantes impliquant certains des accusés et autres conspirateurs.

L’ACI, qui a vraisemblablement quitté le programme de protection des témoins de la SQ, a été arrêté à la fin mars pour ses présumées menaces de mort.

Si l’on se fie aux échanges entre avocats de la Poursuite et de la Défense entendus lors des audiences, il aurait été appréhendé en Colombie-Britannique et ensuite rapatrié au Québec.

Durant l’une de ses audiences, l’ACI a suivi les échanges au bout d’un téléphone cellulaire.

Il a notamment dit que lui et son avocat avaient de la difficulté à se parler et que la prison l’empêchait de parler à son avocat et aux membres de sa famille. Il a ajouté qu’il n’avait pas de cantine et n’avait pas pris de douche depuis une semaine, visiblement parce qu’il avait été placé en quarantaine préventive en prison, en raison de la pandémie de la COVID-19.

« Je ne suis pas malade, je n’ai aucun symptôme », a dit l’ACI.

Son avocat a demandé deux rapports psychologiques.

La cause se poursuit et en est toujours au stade de l’enquête sur remise en liberté, mais il semble que l’ACI lui-même y aurait renoncée. Le tout a été reporté à une autre date.

Une autre démonstration que les tribunaux doivent s’adapter à la pandémie ; l’ACI a suivi les échanges et a témoigné sur le téléphone personnel du procureur de la Poursuite qui a tenu à le préciser, et à ce que cela soit enregistré.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le (514) 285-7000, poste 4918, ou écrivez à drenaud@lapresse.ca