Un Montréalais de 56 ans porteur du virus du sida risque maintenant la prison pour avoir transmis le VIH à deux femmes pendant des relations sexuelles non protégées. Malgré des années de fréquentation, Alfredo José n’a jamais informé ses victimes de sa maladie. Il s’agit d’une rare condamnation au Québec pour un cas de transmission du VIH.

Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

Accusé d’agressions sexuelles graves en 2016, Alfredo José a reconnu sa culpabilité à des chefs d’accusation moindres la semaine dernière. Le Montréalais a plaidé coupable d’avoir causé des lésions corporelles à ses deux victimes par négligence criminelle entre 2008 et 2015.

Danseur nu au bar Bugs à Québec, Alfredo José rencontre sa première victime en juin 2008. Les deux échangent leurs numéros de téléphone et ont leur première relation sexuelle consentante et non protégée quelques jours plus tard. Ils continueront de se fréquenter jusqu’en 2015.

« En aucun moment l’accusé n’a informé [la victime qu’il était] infecté par le VIH bien que le sujet ait déjà été discuté », souligne le précis des faits déposé en cour, le 27 février dernier, par la procureure de la Couronne, Me Amélie Rivard, et l’avocat de la défense, Me Mike Junior Boudreau.

La victime développe rapidement des ennuis de santé à l’automne 2008 et apprend alors la terrible nouvelle.

Elle informe Alfredo José qu’elle est porteuse du VIH, mais celui-ci réagit « très peu » et continue quand même d’avoir des relations sexuelles non protégées.

Il refuse également d’accompagner la victime à la clinique L’Actuel, où elle est prise en charge.

« [La victime] a la conviction, à ce moment, que c’est l’accusé qui l’a infectée, mais elle n’a eu la confirmation qu’en janvier 2013 lorsqu’elle a vu un pot de médicaments de trithérapie au nom de l’accusé », indique le résumé des faits.

Deuxième victime

Alfredo José fait une nouvelle victime en 2013, une femme qui tombe « follement amoureuse » de lui. Pendant deux ans, ils ont des relations sexuelles, parfois plusieurs fois par jour et jamais protégées, sauf pour leurs premiers coïts.

En 2015, la femme communique sur Facebook avec la première victime d’Alfredo José pour obtenir des conseils pour mettre fin à sa « relation parasitaire ». C’est à ce moment qu’elle apprend que l’accusé est porteur du VIH. Elle prend aussitôt un rendez-vous médical où elle apprend avoir subi le même sort.

«  Je n’ai pas de symptômes, mais je dois prendre des médicaments, et je devrai en prendre toute ma vie  », avait confié la trentenaire à La Presse en 2016.

Selon elle, Alfredo José savait depuis longtemps qu’il était malade. «  Il avait des plaques sur le corps, mais il me disait que c’était un problème de peau. Il ne voulait jamais aller chez le médecin  », disait-elle. La cause doit revenir le 1er juin prochain.

En décembre dernier, un séropositif accusé il y a cinq ans d’agression sexuelle grave pour avoir eu des relations sexuelles non protégées avec des amants sans les avoir prévenus de sa maladie a profité d’un arrêt du processus judiciaire demandé par la Couronne. On reprochait à Rafael Eduardo Llaneza Estrella – connu sous le nom de Rafael Dunn – d’avoir falsifié ses résultats médicaux pour tromper ses victimes.

La Cour suprême a tranché en 2012 qu’une personne doit révéler sa séropositivité avant d’avoir un rapport sexuel s’il existe une « possibilité réaliste » qu’elle transmette le VIH. Toutefois, elle n’a pas à le dévoiler si sa charge virale est faible en raison d’un traitement médical et que le condom est utilisé pendant la relation.