Dimitrios Strapatsas, un ancien avocat accusé d’avoir aidé la meurtrière trans Jamie Boulachanis à révéler sur YouTube l’identité d’un délateur a été acquitté à son second procès. Pourtant, son récit a été complètement démoli par le juge.

Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

« Non seulement le Tribunal ne croit pas la version de l’accusé, mais celle-ci ne suscite en son esprit aucun doute raisonnable et il la rejette », a tranché le juge Paul Chevalier dans une décision rendue lundi au palais de justice de Montréal.

L’ex-avocat de 46 ans avait été condamné à 18 mois de prison, il y a deux ans, pour entrave à la justice dans le but de dissuader une personne de témoigner. Le criminaliste connu pour avoir défendu Francis Boucher, le fils de Maurice « Mom » Boucher avait toutefois obtenu la tenue d’un second procès l’an dernier.

L’affaire remonte en avril 2015, alors que John Boulachanis – qui a depuis changé de sexe en détention – était en attente de son procès pour meurtre. Selon la Couronne, Boulachanis avait demandé à un codétenu de remettre à sa conjointe un DVD contenant une vidéo d’un délateur au procès pour meurtre. L’objectif était de l’intimider pour qu’il ne témoigne pas.

Après avoir mis la vidéo sur YouTube, la femme a témoigné avoir ensuite reçu 200 $ de la part de Dimitrios Strapatsas lors d’une rencontre au Tim Hortons. Si ce dernier a nié à avoir remis l’argent pendant le premier procès, il a ensuite évoqué la somme de 200 $ à son second procès. Il a cependant nié avoir su que Boulachanis voulait intimider le délateur. Une version « invraisemblable » et remplie de « contradictions », selon la Couronne.

Le juge Paul Chevalier s’étonne dans sa décision que Dimitrios Strapatsas ait accepté les « yeux fermés, sans en demander la raison » d’aller remettre de l’argent à une femme qu’il ne connaît pas, à la demande d’un détenu accusé de meurtre.

« Ces contradictions, invraisemblances, et réticences font en sorte que le Tribunal ne peut croire la version de l’accusé. Il est encore plus difficile de prêter foi à sa version quand on l’analyse à la lumière de l’ensemble de la preuve », tranche d’abord le juge.

Toutefois, un doute raisonnable persiste, conclut le juge. En effet, même s’il a « l’intime conviction » que la femme a dit « la vérité du mieux qu’elle pouvait », le juge ajoute que son témoignage comporte certaines faiblesses et contradictions qui demeurent « inexpliquées ».

MMarilyn Jennifer Morin représentait le ministère public, alors que MTom Pentefountas défendait l’accusé.