Décembre dernier, dans un centre commercial de Montréal. 

Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse

Alors que les cris de joie, parfois mêlés de pleurs, nappent les classiques du temps des Fêtes qui s’échappent des haut-parleurs de la grande place, des hommes et des femmes, seuls ou en couple, errent nonchalamment autour du trône du père Noel.

Ces hommes et ces femmes, qui se fondent dans le décor, balaient la foule du regard, près de la longue file de parents et de bambins agglutinés dans l’allée des lutins, à la recherche de tout individu louche qui chercherait à s’approcher d’un enfant.

Vingt jours plus tôt, le 20 novembre dernier, dans un contexte complètement différent, certains parmi ces mêmes hommes et femmes sont réunis avec des patrouilleurs dans une salle de conférence du quartier général des enquêtes spécialisées de la police de Montréal, rue Sherbrooke Est. 

Puis un signal est donné. Ils s’engouffrent dans des voitures de police banalisées, s’éparpillent dans la métropole, s’arrêtent devant une cinquantaine d’adresses, frappent aux portes et ressortent de chaque domicile en escortant un homme menotté.

Ces hommes et ces femmes sont les enquêteurs de l’Équipe de surveillance des délinquants sexuels (ESDS) du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). 

Leur mandat est de surveiller les individus condamnés pour tout crime à caractère sexuel qui vivent à Montréal, les délinquants sexuels à contrôler ou dangereux, et les délinquants sexuels qui font l’objet d’une ordonnance de surveillance de longue durée, et de s’assurer qu’ils respectent leurs conditions.

L’une de ces conditions oblige tous les délinquants sexuels à s’enregistrer, après leur condamnation, aux bureaux des enquêtes spécialisées du SPVM pour que les renseignements soient ensuite versés dans les banques de données gérées par la Sûreté du Québec (SQ), puis dans le Registre national des délinquants sexuels, dont la responsabilité incombe à la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

Enjeu de sécurité

Au centre commercial, quelques jours avant Noël, les enquêteurs de l’ESDS étaient à la recherche de pédophiles qui auraient pu vouloir s’en prendre à un enfant. 

Vingt jours plus tôt, ils ont mené, pour la première fois, une opération de ratissage baptisée Grappin, dont l’objectif était d’arrêter et d’accuser des individus condamnés pour des délits à caractère sexuel qui ne s’étaient toujours pas enregistrés au registre des délinquants sexuels, comme la loi l’exige. 

L’opération de surveillance autour du village du père Noël baptisée pour l’occasion Grinch, une première également, n’a pas permis de cibler un suspect.

En revanche, lors de l’opération Grappin du 20 novembre, les enquêteurs de l’équipe de surveillance, aidés des patrouilleurs de neuf postes de quartier du SPVM, ont appréhendé 51 suspects qui ont été accusés de non-respect de conditions et qui ont été contraints d’inscrire leur nom sur le registre des délinquants sexuels.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Christine Christie, commandante de la Division des agressions sexuelles du SPVM

« Le volet des délinquants sexuels représente un enjeu de sécurité pour la population. Alors on se doit, comme service de police, de tout mettre en œuvre pour assurer une surveillance des individus qui sont les plus à risque », affirme la commandante de la Division des agressions sexuelles du SPVM, Christine Christie.

Celle-ci a indiqué à La Presse qu’en mars 2019, plusieurs effectifs ont été ajoutés dans sa division et que l’ESDS a grandement profité de ces ajouts.

L’an dernier, le nombre de délinquants sexuels venus s’enregistrer aux bureaux des enquêtes spécialisées du SPVM a augmenté de 22 % par rapport à 2018, dit-elle.

Le nombre de dossiers d’enquête traités par l’équipe de surveillance a augmenté de 50 % durant la même période.

Mme Christie affirme que le nombre de dossiers en attente de traitement dans toute la Division des agressions sexuelles a considérablement diminué. Les enquêteurs de l’équipe de surveillance s’assurent quotidiennement que les délinquants sexuels, à contrôler ou dangereux, respectent leurs conditions, et ils en arrêtent chaque semaine.

En constante communication avec les agents de libération des services correctionnels, les enquêteurs de l’ESDS peuvent effectuer un travail de prévention en visitant des délinquants qui traversent une période difficile et qui se retrouveraient donc dans une situation où ils pourraient récidiver.

On va discuter avec eux. On va leur rappeler qu’on les surveille car on ne veut pas qu’ils passent à l’acte. On leur dit qu’on est là s’il y a quoi que ce soit et qu’ils peuvent nous appeler. Et ça arrive que des délinquants nous appellent parce que ça ne va pas bien.

Christine Christie, commandante de la Division des agressions sexuelles du SPVM

Lorsqu’il y a une enquête sur un prédateur, les membres de l’ESDS, qui connaissent bien leurs sujets, donnent un coup de main à leurs collègues de la Division des agressions sexuelles.

Depuis mars, ils peuvent également compter sur des outils qu’ils n’utilisaient pas auparavant.

« On déploie des moyens d’enquête plus sophistiqués qui ont été ajoutés. Lorsqu’un individu est à risque, par son comportement, par ses propos, par ses agissements, on va déployer des moyens d’enquête pour le surveiller et s’assurer qu’il respecte ses conditions », décrit la commandante Christie, selon qui la collaboration avec tous les partenaires, en particulier la SQ et la GRC, est excellente. 

Mission essentielle

Une grande proportion de délinquants sexuels que le SPVM a le mandat de surveiller sont encore sous la supervision des services correctionnels. La commandante Christie n’a pas voulu commenter le cas précis d’Eustachio Gallese, ce délinquant en libération conditionnelle à qui on aurait permis de recevoir des services sexuels et qui a tué une jeune femme, Marylène Lévesque, dans la région de Québec, en janvier dernier.

« Des évènements tristes comme celui-là nous rappellent l’essentiel et l’importance de notre mission », dit-elle.

La commandante Christie espère pouvoir effectuer une ou deux opérations Grappin par année. Elle souhaite également qu’une autre opération Grinch soit effectuée en décembre prochain dans un centre commercial de Montréal.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.