La mère d’un garçon de 17 ans tué par des adolescents dans un sinistre guet-apens à L’Île-des-Sœurs l’an dernier est toujours démolie par la mort « gratuite » de son « ange pacifique ». Le jeune tueur, lui, peine à se remettre en question et continue de mentir malgré un an en détention, soutient une psychologue qui suggère d’envisager l’imposition d’une peine pour adulte.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

« Je ne peux pas assurer que ce jeune va évoluer suffisamment pour démontrer une bonne capacité à se réinsérer socialement », a tranché jeudi l’experte de la Couronne lors d’une audience en Chambre de la jeunesse. Même s’il était mineur en novembre 2018, le ministère public réclame que l’adolescent soit assujetti à une peine pour adulte. La différence est majeure. Au lieu d’une peine maximale de trois ans en centre surveillé, il risque la prison à vie dans un pénitencier.

Le jeune homme maintenant âgé de 18 ans a plaidé coupable en mai dernier à une accusation d’homicide involontaire et de complot pour commettre un vol qualifié. Sa copine a écopé d’une peine jeunesse de 30 mois de détention pour les mêmes crimes à la suite d’une suggestion commune. Leur identité est protégée par la Loi.

« Donne-moi tout »

La tragédie a fait les manchettes en automne 2018. L’accusé et sa copine ont attiré la victime de 17 ans dans un secteur boisé de L’Île-des-Sœurs, à Montréal, dans le but de lui voler une once de marijuana. Alors que le tueur se cachait derrière un arbre, il a attaqué la victime, qui est tombée en agrippant l’adolescente.

« Passe-moi tout ce que t’as ! Donne-moi tout, tout, tout, tout ! », a crié l’assaillant à sa victime qui semblait obtempérer. Or, pendant le vol, l’assaillant a poignardé l’adolescent à la cuisse. Les complices l’ont abandonné dans le bois sans jamais appeler les secours. Des « décisions irréfléchies et moralement inacceptables », a tranché une juge.

Depuis, la mère de la victime est terrassée par le chagrin. « C’était toute ma vie, mes enfants. Je suis venue ici pour un avenir meilleur pour eux, pas pour enterrer [mon fils]. Ma vie n’a plus de sens, c’est [lui] qui apportait la joie. [Il] était tout pour moi », écrit la mère d’origine maghrébine, dans une poignante lettre lue jeudi par le juge Jacky Roy en Chambre de la jeunesse de la Cour du Québec.

Il était encore jeune, il n’avait que 17 ans. Il a toujours essayé de prendre soin de moi, il voulait travailler pour m’offrir une belle retraite. Il était un ange pacifique qui n’aimait pas la violence. […] Il était exceptionnel.

Extrait de la lettre de la mère de la victime

Ce crime « barbare et gratuit » a eu des conséquences psychologiques et financières « dramatiques » pour la mère endeuillée, ajoute la tante de la victime. « Depuis la nuit tragique, ma sœur est complètement éteinte », dit-elle.

Culpabilité et remords « limités »

Si l’accusé regrette la mort de l’adolescent, il semble toujours minimiser sa responsabilité, conclut la psychologue Johanne Bergeron, qui a évalué le jeune homme pendant plusieurs heures pour la Couronne. « Il me rajoute :  “Si [la victime] n’avait pas touché [à sa complice], rien de tout ça ne serait arrivé. Je ne l’aurais même pas frappé.” C’est inquiétant », soutient l’experte.

À l’époque, le jeune homme vendait de la cocaïne et de la MDMA, puisque c’était « plus payant » que le cannabis. Même détenu depuis un an, il ne reconnaît ni sa délinquance, ni son agressivité, ni sa toxicomanie, observe la psychologue. De plus, il continue de mentir sur de nombreux éléments. Elle évalue ainsi son risque de dangerosité à « de modéré à élevé », s’il n’entreprend pas de démarches sérieuses.

La psychologue relève aussi que le jeune homme a consommé la drogue volée à la victime, même après avoir appris sa mort le lendemain. « Ça tend à laisser entendre des traits plus antisociaux. […] Il a une culpabilité et des remords limités par rapport au délit, bien que pas à la finalité », analyse-t-elle.

Les observations sur la peine se poursuivent vendredi et en janvier prochain.