L’esprit de Noël n’aura pas suffi à régler un conflit à l’école primaire Christmas Park. À la suite d’une mésentente avec la direction de cette école de Beaconsfield, dans l’ouest de Montréal, un père s’est adressé aux tribunaux pour obtenir le droit de participer aux activités de Noël de ses deux enfants, dont un petit-déjeuner et un récital.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

La Cour supérieure a imposé vendredi dernier une injonction provisoire pour permettre à Anthony Wilson de se rendre à l’école primaire pour « participer, assister et accompagner ses enfants aux activités parascolaires du 13, 18 et 20 décembre ».

Depuis la fin de novembre, il était interdit à l’homme, un avocat, de se rendre à l’école Christmas Park, sauf pour reconduire et récupérer ses enfants.

« Cette décision découle d’une suite d’échanges entre M. Wilson, une institutrice et le directeur de l’école qui concerne le contenu éducatif d’un certain cours avec lequel M. Wilson n’est pas d’accord », lit-on dans la décision du tribunal.

La Commission scolaire Lester-B.-Pearson alléguait qu’Anthony Wilson avait fait « usage d’un langage grossier et de menaces adressées au directeur de l’école ».

Le juge Lukasz Granosik a relevé que le directeur « invite, par ailleurs, M. Wilson à le rencontrer malgré ces allégations ».

Il estime dans son jugement que la commission scolaire n’a pas su faire la preuve que la « santé et la sécurité » de son personnel étaient menacées si le père de deux enfants se présentait aux activités de Noël, qui se déroulent en présence de nombreuses personnes.

Le tribunal, ajoute-t-il, ne peut se satisfaire « de quelques courriels des institutrices qui refusent de rencontrer M. Wilson en suivi éducatif – ce qui est troublant quand on pense à leur imputabilité dans le cadre de l’enseignement public – et de l’allégation du directeur de l’école à ce sujet que ses employés seraient “inconfortables” à voir seul le demandeur ». Par contre, il juge que l’absence de M. Wilson causerait un préjudice à ses enfants.

Qu’il s’agisse de la soirée cinéma, du petit-déjeuner ou encore du récital, les enfants doivent pouvoir être accompagnés ou assistés par leur père. Ces événements sont uniques, constituent des moments privilégiés.

Extrait du jugement

La commission scolaire proposait au tribunal qu’un autre parent accompagne les enfants ou que ceux-ci ne participent pas aux activités. Le juge a rejeté cette proposition. « Il s’agit de décisions éminemment personnelles sur lesquelles ni l’école, ni la commission scolaire, ni les enseignants n’ont à dire », tranche le juge Granosik.

« J’espère qu’ils ont appris la leçon »

Joint mercredi, Anthony Wilson s’est réjoui de la décision du tribunal. C’est l’enseignement « non factuel » des changements climatiques et « l’utilisation d’un certain personnage d’une manière iconographique », en l’occurrence Greta Thunberg, qui a mis le feu aux poudres en septembre.

« Un professeur en particulier n’était pas capable de séparer ses positions idéologiques de ses responsabilités à l’égard des enfants, dit Anthony Wilson. J’étais en désaccord avec la manière dont elle enseignait. » Il estime toutefois que ce différend n’est qu’un détail et que c’est l’impossibilité de discuter avec le directeur depuis qu’il est entré en poste qui est le nœud du problème.

Il n’y avait pas que ça, dit le porte-parole de la Commission scolaire Lester B. Pearson. « Il s’est offusqué de la manière dont l’enseignante de français de sa fille a discuté de l’activisme de Greta Thunberg en classe, mais il a manifesté fortement son désaccord à l’égard du contenu d'une leçon en sciences sociales sur la guerre de Sept Ans donnée par la même enseignante. Il a soutenu vigoureusement qu'il trouvait le contenu biaisé », dit Jim Hendry.

Anthony Wilson soutient que peu après qu’il a porté plainte contre le directeur de l’école en novembre, on lui a interdit l’accès à l’établissement. Il a tenté de faire renverser la décision de l’école avalisée par la Commission scolaire Lester-B.-Pearson en « sollicitant la commission scolaire », puis en lui adressant une mise en demeure, sans succès. L’avocat s’est donc tourné vers les tribunaux.

« J’espère qu’ils ont appris la leçon, dit-il à propos de la commission scolaire. Ils disent qu’ils ont le droit en vertu de la loi d’exclure n’importe qui de leur propriété privée pour n’importe quoi », dit Anthony Wilson.

C’est un argument ridicule, j’espère que d’autres parents n’auront pas peur s’ils reçoivent ce type de menace.

Anthony Wilson

Il assure ne jamais avoir été violent à l’égard des enseignants ou de la direction. « J’ai eu des conversations au téléphone avec le directeur qui n’étaient pas des conversations gentilles. Ce n’est pas le genre de conversations qu’on aimerait avoir avec un directeur », dit Anthony Wilson.

La Commission scolaire Lester B. Pearson estime que le père a dépassé les bornes. « Le problème n'est pas qu'un parent exprime ses préoccupations […], le problème est plutôt la façon dont M. Wilson s’est exprimé, et plus particulièrement le langage inexcusable qu'il a tenu à l'endroit de l'enseignante de français de sa fille. Nous ne pouvons ignorer la nature, le contenu et la manière inacceptable, voire même abusive, avec laquelle il a communiqué avec cette enseignante et les autres employés », affirme son porte-parole, Jim Hendry.