Shane Kenneth Maloney, un trafiquant de cocaïne arrêté à l’issue d’une importante enquête de la Sûreté du Québec en 2012, a réussi ce matin à convaincre les commissaires aux libérations conditionnelles du Canada de l’envoyer dans une maison de transition pour les six prochains mois.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Shane Maloney, 42 ans, a été arrêté avec 130 autres personnes lors de l’opération Loquace, au cours de laquelle la SQ a démantelé des cellules de trafic de drogue et de transport de marchandise, et un consortium de six individus, dont il faisait partie, qui tentait de s’accaparer, dans la violence, du monopole de la distribution de la cocaïne au Canada.

Maloney a été condamné à 10 ans de pénitencier en mai 2017, après avoir plaidé coupable à des accusations de gangstérisme, trafic de cocaïne, possession d’armes et possession d’explosifs.

Auparavant, il avait reçu une peine de deux ans pour avoir intimidé un enquêteur du SPVM sévèrement battu au Mexique, en janvier 2011.

En soustrayant la période de détention préventive, il restait quatre années à sa peine au printemps 2017.

Pas lié au Gang de l’ouest

Lors de l’audience qui s’est déroulée dans un pénitencier de l’Ontario, Maloney a raconté aux commissaires aux libérations conditionnelles qu’il est né à Montréal mais qu’il a déménagé avec sa mère à Vancouver, alors qu’il avait 15 ans. C’est à ce moment qu’il a commencé à vendre de la marijuana.

Juste avant qu’il souffle ses 21 chandelles, il a été victime d’un accident de moto qui l’a rendu paraplégique. Il se déplace en fauteuil roulant depuis cet événement, ce qui lui a valu les surnoms de « Wheel » et « La chaise », dans le milieu criminel.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Shane Kenneth Maloney se déplace en fauteuil roulant depuis qu'il a été victime d’un accident de moto.

Vers l’âge de 30 ans, il est devenu promoteur dans des bars de Montréal. « Je faisais beaucoup d’argent », a-t-il dit.

Questionné sur le fait que les policiers ont retrouvé dans des locaux dont il avait le contrôle des dizaines d’armes et des explosifs volés à Sainte-Sophie, dans les Laurentides, en août 2011, Maloney a nié en avoir fait un commerce.

« J’ai commencé à collectionner des armes légales et illégales. En général, je n’ai pas vendu d’armes. Je les gardais pour moi. Je ne suis pas très familier avec les explosifs. Je n’ai pas payé pour eux. Je n’avais pas intérêt à entreposer de la dynamite », a dit Maloney, ajoutant qu’il ne savait pas quoi répondre et pourquoi il avait ces explosifs en sa possession.

Il a nié avoir fait ou faire partie du crime organisé traditionnel irlandais de Montréal, comme l’ont étiqueté des sources policières.

« C’est seulement parce que je suis de descendance irlandaise. Je ne me suis jamais considéré comme un membre du Gang de l’ouest », a-t-il déclaré.

Quant à l’enquêteur du SPVM violemment battu par des individus liés au crime organisé québécois, au Mexique, en janvier 2011, Maloney a expliqué être arrivé sur les entrefaites.

« Je ne savais pas ce qu’il se passait. J’ai vu un type avec un œil au beurre noir. Le policier s’est retourné vers moi et m’a dit : Tu vas devoir m’aider si tu ne veux pas que ces gars me tuent. Il avait peur car il était au Mexique et que quelque chose de grave allait lui arriver. J’ai plaidé coupable car je n’aimais pas voir mon nom dans le journal », a décrit Maloney.

Fini pour lui le Québec

Au pénitencier, Maloney a suivi des programmes pour l’aider à mieux communiquer avec les autres et à gérer ses frustrations. Il a fait des études et terminé son secondaire 5.

Aux prises avec de douloureux maux de dos en raison de son état, il a dit trouver la vie dure au pénitencier.

Il veut maintenant s’occuper de sa famille. Une fois libre, il songe à ouvrir un commerce de vente de motos et autres véhicules de sports, et s’établir à Toronto.

« Je ne veux plus retourner au Québec. Je veux vivre en paix et mener une vie tranquille pour le reste de mes jours. Je n’ai plus les mêmes buts et ambitions qu’avant. J’ai une pension et un fauteuil roulant. Mais je ne veux pas en parler car ils pourraient me les prendre également », a conclu Maloney, en promettant de ne pas retourner dans le crime.

- Avec la collaboration de Peter Edwards du Toronto Star

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