« Pourriture », « monstre », « déchet » : l’ex-conseiller politique et animateur scout Martin Lapointe n’a cessé de s’autoflageller mardi à la barre des témoins. S’il dit regretter profondément avoir exploité sexuellement trois adolescents dans les années 2000, il estime vivre aujourd’hui « les mêmes troubles » que les victimes qu’il a « mal aimées ».

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

L’homme de 48 ans a reconnu ce printemps avoir profité de sa « position de confiance » comme dirigeant scout à Montréal pour toucher sexuellement un ado de 16 ans qui dormait chez lui. Il a également incité un garçon à toucher un autre adolescent devant lui. Ses victimes avaient de 16 à 17 ans. Il avait développé un attachement affectif « père-fils » avec l’une d’entre elles.

« Je regrette tout ce qui s’est passé et je l’assume complètement », a insisté Martin Lapointe qui témoignait mardi à l’étape des observations sur la peine. L’ancien conseiller politique des ministres Lise Thériault et David Heurtel a martelé avoir commis des gestes « impardonnables » et « répréhensibles », alors qu’il profitait d’un « ascendant naturel » sur les adolescents. « J’ai traversé la ligne. […] Une faiblesse de la pire espèce », résume-t-il.

« On peut me mettre sur un poteau et me brûler, ce n’est pas grave. Tout le mal que j’ai fait, non seulement à mes trois victimes, en plus à toute ma famille, et je dois vivre avec ces affaires-là. […] Je suis prêt à faire face à la musique, je suis prêt à assumer mes torts », a-t-il témoigné, en sanglotant.  

Néanmoins, il ajoute n’avoir « jamais contraint » ses victimes. À l’époque, il était d’ailleurs « sûr que ça ne causait pas problème » d’avoir une relation sexuelle avec des adolescents de 16 et 17 ans. Il ne se doutait jamais que ses gestes pouvaient être criminels. Il avait d’ailleurs eu ses premières relations vers 16-17 ans avec des hommes plus vieux. « Je n’ai pas eu de bons exemples », dit-il.

Incapable d’accepter son homosexualité, Martin Lapointe a toujours vécu une « double vie » et une vie de « mensonges ». Au moment de commettre ses crimes, il était justement « mêlé » par son orientation. « La seule chose positive, bien égoïstement, est de vivre mon homosexualité ouvertement, à la vue de tous », a expliqué Martin Lapointe.

Son arrestation médiatisée a eu l’effet d’une « bombe » dans sa vie. « T’as plus de réputation, t’as plus d’argent, les gens te pointent. Dans ta propre famille, on te renie », explique-t-il.  

Depuis, il a une vie simple, loin de ses anciens salaires de 120 000 $. « Je suis médicamenté. Je me lève tous les matins avec beaucoup d’anxiété. Je vis probablement les mêmes troubles que j’ai créé auprès de ces jeunes qui ont vécu l’individu incorrect que j’étais vis-à-vis eux. Sincèrement, ça a été l’enfer de me faire pointer parce que j’étais un abuseur d’enfants », lâche-t-il.

Son avocat, Me Kaven Morasse et la procureure de la Couronne Me Amélie Rivard plaideront sur la peine mercredi matin devant le juge Serge Delisle.

Avant cette carrière politique, Martin Lapointe s’était impliqué dans le mouvement scout au début des années 2000. Dans la jeune trentaine, il était commissaire du district de Montréal des scouts. Il côtoyait souvent sa première victime la fin de semaine pendant des activités de bénévolat. Le garçon de 16 ans s’était alors confié à lui au sujet de son identité sexuelle.

Puis, un soir, Martin Lapointe et l’adolescent ont regardé des films pornographiques en consommant de l’alcool. Ils se sont ensuite masturbés et fait des fellations. Devenue adulte, la victime a dénoncé cette situation en 2008 à un responsable de l’organisation des scouts du Montréal métropolitain, ce qui a mené à la démission de l’accusé.

Martin Lapointe était l’animateur scout de sa seconde victime en 2005. Ils ont noué dans les années suivantes une relation d’attachement presque « père-fils », au point de se fréquenter en dehors du mouvement scout.

De fil en aiguille, ils ont eu des contacts sexuels, alors que le garçon avait 16 ans. Ces gestes se sont répétés entre 10 et 20 fois, parfois au travail ou au chalet de l’accusé, jusqu’à la majorité de la victime. Notons que les deux hommes ont poursuivi leur relation jusqu’en 2016. Martin Lapointe a même hébergé le jeune homme pour le sortir de la rue et l’a encouragé à aller en thérapie, relève-t-on dans les admissions communes.

La troisième victime a dévoilé son homosexualité à Martin Lapointe pendant un camp scout en 2007. L’animateur était alors en situation de confiance auprès de l’adolescent qu’il connaissait depuis des années. Pendant ce camp, Martin Lapointe a incité le garçon et sa deuxième victime à avoir des contacts sexuels entre eux, pendant qu’il les regardait.