Jean-Claude Rochefort, cet adorateur de Marc Lépine qui a été arrêté la veille des commémorations de la tuerie de la Polytechnique et accusé d’avoir fomenté la haine des femmes, a été libéré lundi après-midi dans l’attente de son procès. Il devra cependant respecter de strictes conditions.  

Tristan Péloquin Tristan Péloquin
La Presse

Le juge Serge Delisle, de la Cour supérieure, estime qu’un public « raisonnablement informé de notre système de droit pénal » pourra comprendre que l’homme de 70 ans ne représente pas une « probabilité marquée » de commettre un crime d’ici son procès.  

Jean-Claude Rochefort a admis devant le tribunal la semaine dernière être l’auteur de plusieurs blogues antiféministes sur lesquels il publiait notamment des photomontages montrant Marc Lépine avec des armes en main. Ces textes étaient, selon Rochefort, consultés par plus de 60 000 personnes à travers le monde.   

Le juge Delisle conclut que ces écrits ont un « caractère violent », mais rappelle que le prévenu « est présumé innocent et il le demeure tout au long du processus judiciaire, et ce, jusqu’à ce que la poursuite prouve sa culpabilité hors de tout doute raisonnable. »

M. Rochefort, qui vit modestement et n’a plus vraiment de contacts avec sa famille depuis une première accusation semblable en 2009, s’est engagé à verser 200 $ de caution pour regagner sa liberté. Il devra dans les prochaines 24 heures « annuler tout contrat permettant d’avoir accès à internet à sa résidence » et en fournir la preuve aux enquêteurs du SPVM.  

Les policiers pourront, entre 7 h et 22 h, accéder à sa résidence pour s’assurer que ces exigences sont respectées.  

Il lui sera aussi interdit d’accéder à internet dans des lieux publics et même d’entrer en communication avec toute personne partageant l’idéologie antiféministe.    

Même si M. Rochefort a dit aux policiers lors de son arrestation qu’il n’avait « plus rien à perdre » à son âge, le magistrat souligne qu’il est « peu probable » qu’il écope d’une longue peine s’il est reconnu coupable des crimes qui lui sont reprochés. En le gardant en prison, il risquait de passer plus de temps en détention préventive que la durée de sa possible peine.  

La Couronne s’objectait à sa remise en liberté pour différentes raisons, principalement par crainte que sa libération minerait la confiance du public dans l’administration de la justice. « M. Rochefort a été remis en liberté avec des conditions extrêmement serrées, a commenté la procureure Josiane Laplante. Nous espérons qu’il va respecter ces conditions. »

Devant le juge, M. Rochefort a affirmé qu’il avait déjà un texte dont la publication est préprogrammée pour le mois de février. Mais Google, qui hébergeait les blogues de M. Rochefort, a supprimé l’ensemble des sites qu’il animait sous le pseudonyme de Rick Flashman.