L’ex-mari de Dahia Khellaf, retrouvée morte avec ses deux enfants mercredi, « lui en voulait d’être indépendante et forte de caractère » et « avait une vision du couple qui était archaïque », pense la soeur de la victime.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Amel Khellaf a perdu sa soeur et ses deux neveux il y a deux jours, dans des circonstances tragiques. La nouvelle semble toujours irréelle pour elle et son mari, Kada Khadir. « Ces deux enfants, c’était les miens. Je les ai vu grandir. C’est horrible », a dit M. Khadir à La Presse.

La mère de famille et ses deux garçons, âgés de 2 et 4 ans, ont été trouvés sans vie mercredi matin dans leur résidence. Ce drame survenu à Montréal dans le secteur de Pointe-aux-Trembles semble être un triple meurtre.

La victime s’était séparée du père de ses enfants, Nabil Yssaad. Il se serait enlevé la vie mardi dernier. Après la séparation, le tribunal l’avait sommé de ne pas s’approcher de son ex-femme, qui a plusieurs fois porté plainte contre lui.

« Il ne voulait pas qu’elle mène une vie heureuse et épanouie, sans lui. Il n’a jamais accepté leur rupture. Il ne voulait pas qu’elle ait le dernier mot », lance Amel Khellaf d’un trait.

Dahia Khellaf avait de la facilité à aller vers les gens, selon sa soeur. Elle a donc essayé de gagner la confiance d’un mari souvent possessif et jaloux. Un serveur dans un restaurant souriant à son ex-femme pouvaient causer de violentes disputes, se souvient Amel Khellaf. « Un jour, il a même piqué une crise alors que Dahia parlait au téléphone pour régler un problème technique avec un employé de Bell. Il voyait des complots partout, même avec ses voisins. » Quand les accusations, les remarques blessantes et les insultes sont devenues un lot quotidien, Dahia Khellaf a mis un terme à la relation. « Vers la fin, il l’a poussé à bout », chuchote Amel Khellaf.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Comportement anormal

Même après sa séparation, Dahia Khellaf craignait pour sa sécurité. Il était commun pour elle et ses proches d’apercevoir Nabil Yssaad rôder devant la maison.

L’homme de 46 ans a toujours fait preuve d’un comportement étrange, indique Amel Khellaf. « Il était très impatient, n’aimait pas le bruit, avait de la difficulté à communiquer avec les autres et passait constamment d’un sujet à l’autre quand il discutait. Il pouvait dire des choses très méchantes et après ça, faire comme si de rien n’était. »

L’état mental de Nabil Yssaad serait devenu plus préoccupant après sa perte d’emploi.

L’ex-couple s’était marié en 2012 et ils se sont rencontrés par le biais d’amis commun. Les problèmes ont commencé dès la naissance de leur premier enfant. « Certaines personnes nous ont demandé si c’était un mariage arrangé et je tiens à dire que ce n’est pas vrai », précise la soeur de la victime.

Communauté éplorée

L’événement tragique a particulièrement touché la communauté algérienne de Montréal et des environs. Le corps de Nabil Yssaad sera rapatrié en Algérie, pays d’origine de son ex-femme et lui. « Ma mère habite encore là-bas. On a beaucoup réfléchi et nous pensons que Dahia et ses enfants doivent être enterrés au Québec, là où ils se voyaient vivre pour toujours », explique Amel Khellaf.

Je suis très fière de notre communauté ici au Québec. Quand l’inacceptable se produit, on se serre les coudes », chuchote-t-elle en essuyant quelques larmes. Peu après avoir appris la triste nouvelle, elle a reçu un appel du consulat d’Algérie au Canada et de plusieurs organismes, qui lui ont offert leur aide. Beaucoup de membres de la communauté maghrébine au Québec lui ont envoyé de touchants messages de soutien. L’association de sépulture musulmane du Québec a fait l’annonce d’une levée de fonds vendredi après-midi sur sa page Facebook pour contribuer au coût des procédures d’enterrement.