Sami Bebawi, ancien vice-président directeur de SNC-Lavalin accusé de corruption, a approché un policier dans le corridor du palais de justice pour lui dire que Jacques Lamarre, l’ancien PDG de l’entreprise, avait approuvé l’achat d’un yacht pour le fils du dictateur Mouammar Kadhafi.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

Alexandre Beaulieu, un enquêteur de la GRC, a raconté cette brève conversation vendredi matin au procès de Sami Bebawi. M. Bebawi est accusé d’avoir participé au versement de pots-de-vin à Saadi Kadhafi, notamment l’achat d’un yacht de 25 millions qui aurait été payé par SNC-Lavalin.

En avril dernier, alors que le policier Beaulieu était au palais de justice de Montréal pour témoigner dans le cadre d’une procédure préliminaire liée au même dossier, il a été approché par M. Bebawi. Ils ont échangé quelques banalités polies, puis M. Bebawi a abordé directement le dossier de SNC-Lavalin.

« Il se sentait triste pour les gens et les employés. Mais le plus frustrant pour lui était que monsieur Jacques Lamarre était dans les nouvelles et niait tout ce qui s’était passé à propos du bateau », a relaté le policier.

M. Bebawi aurait alors lancé : « Criss, il le savait, il l’a approuvé ! »

M. Bebawi aurait expliqué à l’enquêteur que son subalterne Riadh Ben Aissa était arrivé avec la demande pour l’achat du bateau 

« Il m’a dit : “Riadh Ben Aissa m’a donné ça et je ne voulais pas approuver, et j’ai donné ça à Jacques Lamarre”. Il disait que c’était une erreur et qu’il n’aurait pas dû faire ça. Ensuite, il m’a dit qu’il y avait même un deuxième bateau », a relaté l’enquêteur Beaulieu.

Riadh Ben Aissa a déjà témoigné devant le jury au procès de Sami Bebawi. Lui aussi a affirmé que Jacques Lamarre avait approuvé l’achat du yacht pour le fils du dictateur. À l’époque, Saadi Kadhafi venait d’intervenir pour aider SNC-Lavalin à remporter un contrat d’un milliard de dollars sans appel d’offre dans son pays.