(Montréal) L’Archidiocèse de Montréal a mandaté une ancienne juge à la Cour supérieure du Québec pour mener une enquête sur le comportement de l’Église dans le cas du prêtre Brian Boucher, reconnu coupable d’agressions sexuelles sur des mineurs et condamné en mars à huit ans de prison.

Sidhartha Banerjee
La Presse canadienne

L’Archidiocèse de l’Église catholique de Montréal soutient que l’ex-juge Pepita G. Capriolo pourra mener une enquête totalement indépendante.

En entrevue téléphonique, l’archevêque de Montréal, Christian Lépine, assure que l’Église veut aller au fond des choses pour connaître la vérité sur la façon dont les inquiétudes et les plaintes sur Brian Boucher ont été reçues et traitées par le clergé. M. Lépine soutient que l’archidiocèse souhaite faire « une œuvre de vérité, quel que soit le lieu où ça nous conduira ».

Il explique que le mandat de Mme Capriolo, récemment retraitée, sera d’abord de déterminer « qui savait quoi et quand », puis de formuler des recommandations pour faire en sorte que les politiques et procédures au sein de l’Église s’améliorent et éviter que de tels crimes se reproduisent. « On veut savoir où se sont situées les difficultés de communication qui ont fait que ces événements d’abus et de crimes ont pu survenir, alors qu’est-ce qu’on peut améliorer pour éviter à l’avenir. »

À la suite d’un procès, Brian Boucher a été reconnu coupable en janvier 2019 d’avoir agressé sexuellement l’un des deux mineurs. Dans l’autre cause, il a plaidé coupable, moins de deux semaines avant le début du procès, à des crimes à caractère sexuel. Il a été condamné le 25 mars dernier à huit ans de prison.

Rapport dans six mois

Au cours d’une carrière pastorale de 30 ans, entre 1985 et 2015, le prêtre avait œuvré auprès de dix églises de la région de Montréal. Les agressions ont été commises dans deux églises — entre 1995 et 1999 dans le cas de la première victime, et entre 2008 et 2011 dans l’autre cas.

L’ex-juge Capriolo devra établir un calendrier des événements et formuler des recommandations sur la manière d’améliorer les procédures. L’archidiocèse assure que Mme Capriolo aura accès à tous les moyens nécessaires pour procéder à une enquête approfondie, dont les résultats seront rendus publics dans environ six mois.

Mme Capriolo a déclaré dans un communiqué qu’elle était ravie d’entreprendre « l’importante tâche de faire la lumière sur les facteurs qui auraient permis au comportement de Brian Boucher de passer inaperçu ».

« Je suis heureuse qu’on m’ait demandé d’effectuer cet important travail, et reconnaissante pour la garantie d’entière indépendance et pour le soutien qui m’ont été assurés », indique-t-elle.

Un autre audit externe

Par ailleurs, l’archidiocèse a également indiqué qu’il était toujours à la recherche d’une personne pour procéder à une vérification de ses archives, après le décès subit, en juillet dernier, d’une autre juge de la Cour supérieure à la retraite, Anne-Marie Trahan, qui avait été mandatée pour ce travail en mars dernier. Mme Trahan devait amorcer ses travaux en septembre.

L’archidiocèse avait en effet annoncé plus tôt cette année qu’il demandait un audit externe des dossiers de prêtres dans les cinq diocèses de la « province ecclésiastique de Montréal » — Montréal, Valleyfield, Saint-Jérôme, Joliette et Saint-Jean—Longueuil. On voulait alors évaluer le nombre et la nature des cas d’agressions sexuelles commises par des membres du clergé catholique entre 1950 et aujourd’hui.

Mme Trahan avait par ailleurs été aussi mandatée séparément par l’archevêque de Montréal pour enquêter, justement, sur « qui savait quoi et quand » au sujet des événements impliquant le prêtre pédophile Brian Boucher.

Monseigneur Lépine a déclaré lundi que l’archidiocèse était toujours déterminé à aller de l’avant dans l’audit externe des archives de cinq diocèses et qu’il espérait procéder à une nomination d’ici janvier. Il promet à cette personne un accès illimité à tous les documents — les archives générales mais aussi celles qui ne peuvent être consultées qu’avec l’approbation de l’archevêque. M. Lépine a déclaré lundi qu’il espérait toujours que les travaux pourraient être achevés d’ici le printemps 2021, comme prévu.