(Saint-Jean) Le président d’Air Saguenay, la compagnie aérienne québécoise poursuivie par la famille d’une des victimes de l’accident de juillet dernier au Labrador, affirme que de telles réclamations font partie des risques du métier.

Holly McKenzie-Sutter
La Presse canadienne

Jean Tremblay s’attendait à ce que les familles des sept hommes qui ont péri dans l’accident intentent une poursuite contre sa compagnie pour dommages. Il rappelle en entrevue téléphonique qu’Air Saguenay a déjà négocié par le passé de telles réclamations pour des accidents d’avion.

M. Tremblay est prêt à ce que les avocats des compagnies d’assurance négocient équitablement avec les personnes qui ont perdu un être cher dans cette tragédie. « Toutes les familles ont le droit de réclamer quelque chose pour leur perte », a-t-il convenu.

Les corps de trois des sept occupants et le fuselage de l’hydravion de Havilland DHC-2 Beaver n’ont jamais pu être retrouvés dans le lac Mistastin, après une fouille de plusieurs semaines menée par la Gendarmerie royale du Canada. Sans épave ni témoin, le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) a prévenu qu’il ne pourrait pas mener une enquête approfondie pour déterminer les causes de l’accident.

M. Tremblay admet qu’il peut être frustrant pour les proches que les détails de cette tragédie ne soient probablement jamais connus. Il a assuré que son cœur allait aux familles qui cherchaient à tourner la page.

Dans sa requête déposée la semaine dernière devant la Cour suprême de Terre-Neuve-et-Labrador, la famille d’une des victimes parle de négligence du transporteur et d’un manquement à ses obligations contractuelles.

Incompétence du pilote ?

Clifford Randell, âgé de 50 ans, était guide de pêche lors de cette expédition au lac Mistastin le 15 juillet, avec un autre guide, quatre touristes américains et le pilote d’Air Saguenay, Gilles Morin. La poursuite allègue que la compétence du pilote, en deçà des normes établies, serait la cause la plus probable de l’écrasement.

La poursuite affirme également que du matériel mal entretenu pourrait avoir contribué à l’accident. On allègue aussi que la compagnie aérienne ne s’était pas adaptée aux nouvelles normes de sécurité, car aucune des victimes retrouvées ne portait de veste de flottaison. La poursuite fait ainsi référence aux modifications apportées au Règlement de l’aviation canadien le printemps dernier, mais qui n’entreront en vigueur qu’en septembre 2020.

Les allégations n’ont pas été étudiées par un tribunal.

M. Tremblay conteste les allégations de négligence : il soutient qu’Air Saguenay respectait les réglementations en vigueur, que son pilote était expérimenté et que l’aéronef avait été inspecté.

Le rapport du BST indiquait que le pilote Gilles Morin était qualifié et qu’il comptait plus de 16 000 heures de vol sur ce type d’hydravion. L’agence fédérale n’a par ailleurs décelé aucune anomalie lors de l’examen des dossiers de maintenance de l’appareil.

M. Tremblay espère maintenant que la poursuite pourra être résolue de la meilleure façon qui soit, compte tenu des circonstances tragiques, et il promet que tout ce dossier « sera traité honorablement ».

« Pour moi, ce n’est pas une chicane : c’est une négociation d’assureurs avec la famille », a déclaré M. Tremblay. « J’offre encore une fois mes condoléances à toutes les familles touchées et j’espère que nous résoudrons cette affaire de la meilleure façon qui soit pour tout le monde. »