La Sûreté du Québec a réalisé mardi une première opération d’envergure visant un site internet illégal de revente de cannabis québécois. Une quinzaine de perquisitions ont été menées afin de neutraliser le site BudRunQC.com, où les acheteurs pouvaient payer leurs achats avec Interac et la livraison se faisait par Postes Canada en « 24 à 48 heures ». 

Tristan Péloquin Tristan Péloquin
La Presse

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Le Service des enquêtes de contrebande de la Sûreté du Québec, qui a mené l’enquête, n’a procédé à aucune arrestation pour le moment. L’opération a débuté aux alentours de 6 h et a mobilisé près de 50 agents. 

BudRunQC.com vendait du cannabis, mais aussi des extraits de THC hautement concentrés, des bonbons au pot d’apparence identique à ceux vendus dans les dépanneurs ainsi que des recharges de cigarettes électroniques au THC.

IMAGE TIRÉE D’UNE SAISIE D’ÉCRAN

Image du site internet illégal de revente de cannabis québécois BudRunQC.com

Le site faisait de la promotion assez dynamique sur les plateformes typiquement consultées par les jeunes. Un mot-clic #BudRunQC était jusqu’au moment de l’opération assez répandu sur Facebook et Instagram. Le youtubeur québécois Chuck Nicefield, qui traite régulièrement de cannabis, a affirmé à La Presse avoir été contacté par les responsables du site pour faire la critique de ses produits en échange d’échantillons gratuits. « On pouvait m’offrir pour 150 $ de produits afin de tester des produits », a-t-il indiqué lors d’une conversation sur Messenger. Il dit avoir aussi reçu des offres semblables récemment de dispensaires de cannabis situés sur le territoire mohawk d’Oka, mais il les a déclinées. Il a supprimé les vidéos traitant des produits de BudRunQC.com lorsque nous l’avons informé de l’opération policière en cours. 

IMAGE TIRÉE D’UNE SAISIE D’ÉCRAN

Image du site internet illégal de revente de cannabis québécois BudRunQC.com

La loi québécoise interdit toute forme de promotion du cannabis, autre que celle faite très sobrement à l’intérieur des succursales de la SQDC. 

« Il est important de rappeler qu’au Québec, seule la SQDC est autorisée à faire de la vente en ligne de cannabis. Tous les autres sites agissent de façon illégale », insiste le lieutenant Hugo Fournier, du service des communications de la SQ. 

Sites exploités par le marché noir

Depuis la légalisation, le web regorge néanmoins de sites semblables exploités par le marché noir. Récemment, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a arrêté un homme de 27 ans qui vendait du cannabis sur Instagram et SnapChat en utilisant le pseudonyme de « Cheech Chong » et « cheechdelivery » (une référence aux films de Cheech and Chong, films cultes de la contre-culture du cannabis). Son arrestation a nécessité l’utilisation d’agents d’infiltration et de surveillance physique, indiquent des documents judiciaires obtenus par La Presse.

Le SPVM a aussi mené en août dernier des perquisitions dans un commerce de la rue Cherrier à partir duquel un homme de 32 ans exploitait le site de vente en ligne de cannabis Weedoo. 

Le site pouvait rapporter des ventes de 3000 à 4000 $ par jour, indiquent des documents judiciaires. 

Dans le cas de BudRunQC, les policiers croient que le réseau était dirigé à partir d’une résidence de la rue Stinson, dans l’arrondissement de LaSalle, dans le sud-ouest de Montréal. Deux maisons situées côte à côte y ont fait l’objet de perquisitions. De nombreux jouets d’enfants encombraient le balcon d’une des résidences visées. 

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Deux maisons situées côte à côte ont fait l’objet 
de perquisitions mardi, rue Stinson.

Les perquisitions ont permis de saisir « plusieurs kilos de cannabis sous forme de cocotes séchées prêtes pour la vente, ainsi que 30 000 $ en argent comptant et des imitations d’armes à feu », précise le lieutenant Fournier. 

La présence policière accrue a attiré les regards curieux des voisins, qui guettaient la scène de leurs fenêtres. L’un d’entre eux a d’ailleurs confié à La Presse avoir toujours trouvé ses voisins d’à côté « un peu spéciaux », même si leurs relations se limitaient à quelques formules de politesse. « Je ne sais pas ce qu’ils faisaient dans la vie, mais ils possédaient beaucoup de voitures de sport », a-t-il ajouté. 

Les policiers ont effectué plusieurs allers-retours, d’une maison à l’autre, valises à la main. 

Livraisons par Postes Canada

Au moins une cinquantaine de commandes étaient acheminées chaque jour aux clients du site par Postes Canada, estime la SQ. « Les prix affichés sur le site n’étaient pas particulièrement concurrentiels par rapport à ceux de la SQDC », affirme M. Fournier. 

Des inspecteurs des postes ont aussi collaboré à l’enquête, qui a été lancée grâce à des informations transmises par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec. 

L’origine des produits n’est pas claire à ce stade. De nombreuses sources policières affirment que les sites web illégaux semblables s’approvisionnent généralement auprès de personnes qui détiennent des licences de Santé Canada les autorisant à produire du cannabis à domicile à des fins médicales. La loi leur interdit clairement de revendre leurs récoltes à quiconque, mais les policiers ont beaucoup de difficulté à les contrôler. Santé Canada ne révèle pas l’emplacement de ces installations sauf si les policiers font une demande pour une adresse précise. Le cas échéant, l’obtention d’un mandat de perquisition est complexe. 

— Avec la collaboration de Daniel Renaud, La Presse