Un présumé trafiquant de drogue, Mihale Leventis, a de nouveau échoué dans sa dernière tentative visant à empêcher son extradition aux États-Unis, où il doit subir un procès pour importation de marijuana à grande échelle.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

La Cour d’appel, plus haut tribunal au Québec, a débouté ce matin Leventis, qui arguait qu’un juge de première instance aurait dû ordonner aux autorités américaines de divulguer l’identité de témoins, et que la ministre de la Justice du Canada a violé l’équité procédurale en ordonnant son extradition vers les États-Unis.

Détenu depuis décembre 2012, Leventis, 43 ans, est en attente de procès pour gangstérisme, complot, trafic de stupéfiants et possession d’arme à la suite de son arrestation dans la foulée du projet Loquace par lequel la Sûreté du Québec a démantelé un consortium de six individus qui auraient tenté de s’accaparer du monopole de la distribution de cocaïne au Canada dans la violence, selon la théorie de la police.

Mais parallèlement aux procédures canadiennes, les Américains ont demandé son extradition en 2014. Ils le soupçonnent d’avoir codirigé une organisation qui aurait exporté 2000 kilogrammes de marijuana par semaine aux États-Unis, surtout à New York et Boston, selon des documents judiciaires.

Le réseau aurait utilisé l’argent de la vente de la marijuana pour acheter de la cocaïne en Californie et l’importer au Canada.

Selon la preuve amassée par les États-Unis, des courriers du réseau franchissaient la frontière canado-américaine souvent à pied, par les bois, sur des routes isolées ou par la réserve amérindienne d’Akwesasne, avec des sacs de hockey contenant la drogue. Les contrebandiers auraient notamment utilisé des motoneiges tirant des toboggans sur lesquels avaient été déposés les sacs de hockey, et auraient traversé le fleuve Saint-Laurent à la hauteur de la réserve amérindienne.

Leventis aurait orchestré la logistique et le transport de la drogue et de l’argent. Il aurait notamment assuré les moyens de communication à l’organisation et aurait été en contact quotidien avec les contrebandiers basés aux États-Unis.  

Les juges et la ministre n’ont pas erré

À deux reprises, en mars et novembre 2017, devant les juges Catherine Mandeville et Guy Cournoyer de la Cour supérieure, Leventis a tenté d’empêcher son extradition, en vain.

Il soutient que la juge Mandeville a fait une erreur en refusant d’ordonner la divulgation de l’identité de témoins confidentiels inclus dans le dossier d’extradition des autorités américaines, ce qui l’empêche, dit-il, de démontrer « un air de vraisemblance » d’une atteinte à la Charte canadienne des Droits et Libertés.

En juin 2018, c’est la ministre fédérale de la Justice en place à ce moment, Jody Wilson-Raybould, qui a ordonné son extradition.

Leventis lui reproche trois choses ; de ne pas avoir exigé des Américains qu’ils s’expliquent sur les délais entre leur enquête et la demande d’extradition, de ne pas leur avoir exigé le dossier d’un présumé complice, Anthony Plata, déjà extradé, et enfin, de ne pas leur avoir demandé des informations sur une tentative de meurtre contre Leventis qui aurait été faite par un certain Leslie Grant, et sur les mesures mises en place pour assurer sa sécurité.

« Le dossier d’extradition ne cache pas la preuve et résume de manière assez détaillée le contenu de chacun des témoignages à venir. La preuve a été certifiée par le pays requérant [États-Unis] à deux reprises et l’appelant [Leventis] ne soulève absolument rien de précis créant une apparence de vraisemblance que ses droits constitutionnels sont en jeu ».

« La décision ministérielle d’extrader ou non la personne intéressée est de nature non seulement juridique mais également politique et diplomatique. Il s’agit d’une décision complexe faisant intervenir de nombreuses considérations factuelles de tout ordre, lesquelles exigent une certaine souplesse dans la décision pour la ministre laquelle dispose d’une expertise supérieure en ce domaine. Pour cette raison, la Cour doit une grande déférence à la décision de la ministre et n’intervient que dans les cas exceptionnels où cela s’impose réellement », écrivent trois juges de la Cour d’appel dans leur arrêt déboutant Leventis.

Ce dernier a déjà été arrêté à la frontière américaine il y a 16 ans, presque jour pour jour, et a plaidé coupable à un chef de possession de drogue dans un but de trafic. Il fait maintenant face à des accusations du même genre aux États-Unis.

On se sait pas encore s’il va tenter de s’adresser à la Cour suprême du Canada dans une ultime tentative d’éviter l’extradition. Son procès pour gangstérisme et trafic de stupéfiants qui doit avoir lieu à Montréal est prévu débuter en mars prochain.

Pour joindre Daniel Renaud, composez-le (514) 285-7000, poste 4918, écrivez à
drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.