D’un côté, un automobiliste, Erick Marciano, louangé pour avoir délibérément causé une collision, évitant que des piétons soient heurtés par un chauffard poursuivi par la police, mardi au centre-ville de Montréal.

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

De l’autre, Samuel Tremblay, un jeune homme souffrant de problèmes de santé mentale, en crise parce qu’il a été abandonné par le système de santé, selon sa mère.

« Ça fait des années que je me bats pour que mon fils soit pris en charge », a lancé la mère du chauffard, Ananda Tremblay, après avoir assisté à la comparution du jeune homme au Palais de justice de Montréal, mercredi après-midi. « Pourquoi on attend qu’il arrive quelque chose de grave avant d’agir ? S’il n’y avait pas eu quelqu’un là pour sauver les piétons, il serait arrivé quelque chose de beaucoup plus grave. »

Samuel Tremblay, 19 ans, doit répondre de sept chefs d’accusation, notamment pour vol de véhicule, voies de fait armées, conduite dangereuse et conduite avec facultés affaiblies. Il est demeuré détenu et subira une évaluation psychiatrique, avant une nouvelle comparution pour son enquête sur remise en liberté, jeudi.  

Mardi midi, le jeune homme a été intercepté par la police, sur le boulevard René-Lévesque Est, parce qu’il conduisait de façon erratique. Après s’être immobilisé, il a décidé de s’enfuir et a été pris en chasse par une auto-patrouille.  

Alors que le fuyard arrivait à haute vitesse à l’intersection de la rue Saint-Denis, où des piétons traversaient, un automobiliste arrêté a eu la présence d’esprit de s’avancer pour lui bloquer le passage, causant délibérément une collision pour éviter un accident qui aurait pu être plus funeste.

Son geste a été louangé par la police et par de nombreux observateurs, entre autres la mairesse de Montréal, Valérie Plante.  

« Je tiens à saluer le courage d’Erick Marciano, dont le geste héroïque a sauvé la vie de nombreux piétons au centre-ville de Montréal. En mon nom et en celui des Montréalais. e. s, je vous remercie du fond du cœur, M. Marciano », a indiqué Mme Plante sur son compte Twitter.

Le héros lui-même a blagué au sujet de sa péripétie, en partageant sur Facebook un reportage relatant l’événement. « Je suppose que je suis un bon gars, si seulement ma femme le croyait aussi », a-t-il écrit.

Ananda Tremblay a elle aussi remercié Erick Marciano pour son intervention, après la comparution de son fils.

Mais elle a surtout dénoncé le manque de services en santé mentale pour son fils. Sans préciser les problèmes qui l’affligent, elle a confié que le jeune homme a été suivi par un psychiatre dès l’âge de 3 ans, et qu’il a été hospitalisé à quelques reprises.  

« Mais quand il est passé à l’âge adulte, le suivi n’était plus aussi bon », a-t-elle affirmé.  

Samuel Tremblay a fait des séjours en prison, et sa médication n’était pas maintenue pendant son incarcération, selon sa mère. En septembre dernier, il a été emprisonné pendant 30 jours pour avoir conduit alors que cela lui était interdit. Il avait alors été acquitté d’une accusation de vol de véhicule.  

Cette fois, Ananda Tremblay souhaite que son fils reçoive les soins dont il a besoin. « Il ne faut pas juste qu’on l’enferme et qu’il soit au même point quand il sortira de prison », a-t-elle lancé.