(Saint-Jérôme) Des souffrances insondables, un deuil impossible, une colère refoulée. Les proches de Véronique Barbe et d’Yvon Lacasse peinent toujours, deux ans plus tard, à se remettre de la mort violente de leur être cher. Une douzaine d’entre eux ont témoigné mardi matin devant le meurtrier Ugo Fredette, impassible malgré les pleurs des témoins.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

L’homme de 44 ans revenait en cour mardi pour l'étape des observations sur la peine. Ugo Fredette a été reconnu coupable le 19 octobre dernier des meurtres au premier degré de sa conjointe Véronique Barbe et d’Yvon Lacasse, un homme de 71 ans tué pendant sa cavale avec un enfant.

Cet enfant vit d’ailleurs avec des séquelles profondes de sa cavale d’une journée avec Ugo Fredette, alors qu’il avait seulement six ans. Témoin de deux meurtres, l’enfant est « brisé » et a des cauchemars d’une rare intensité, selon une femme. Il devient en « état de choc » en voyant du sang. « J’ai peur, mais je ne sais pas pourquoi », dit alors l’enfant.

« S’il entendait quelqu’un élever la voix, il pensait que quelqu’un allait mourir. Un enfant qui connaissait difficilement la différence entre le bien et le mal. Un enfant qui se demandait pourquoi les images de mort étaient dans sa tête… Un enfant qui croyait que [Véronique Barbe] était morte à cause de lui, car il n’avait pas pu la sauver », dit-on dans la lettre déchirante de cette femme.

« Jamais je ne vais pouvoir lui redonner cette innocence, cette candeur, cette naïveté, cette pureté qui est propre à l’enfance, et qu’on lui a volée », ajoute-t-elle.

Deux adolescents, dont l’identité est protégée par la cour, ont lu avec courage une lettre à l’intention de la juge Myriam Lachance mardi à l’étape des observations sur la peine. Le plus vieux dit avoir vécu un « immense choc », le 14 septembre 2017. « Le sentiment d’impuissance qui m’a envahi est indescriptible », a-t-il livré.

« Je n’arrive pas à m’expliquer comment on peut haïr quelqu’un à ce point, imaginez… 17 [coups de couteau] ! Et il disait l’aimer », a-t-il témoigné, la voix brisée. « J’ai découvert que la vie ne tenait qu’à un fil. J’ai appris que la confiance et l’amour pouvaient tuer. »

Une jeune adolescente a raconté avoir eu un « trou dans le coeur » en apprenant la mort de Véronique Barbe. « Quelques jours après son décès, j’ai réalisé qu’Ugo l’avait enlevée avant même qu’elle ne meure », a-t-elle témoigné.

Plusieurs témoins ont évoqué la transformation de Véronique Barbe pendant sa relation avec Ugo Fredette. La marraine de la victime, Jovette Biard, a confronté le meurtrier en parlant de sa filleule « douce, pleine de vie et toujours souriante ».

« À cause de toi Ugo, Véronique est devenue une autre femme. Elle avait perdu sa joie de vivre. Tu la traitais comme ta chose ! Comme ta possession, jusqu’à la priver de sa famille, de ses amies et de sa vie », a-t-elle lancé, bouleversée. Impassible jusqu’à ce moment, Ugo Fredette a alors hoché de la tête à la négative.

« C’est impensable pour moi de vivre maintenant sans ma fille, de ne plus voir son magnifique sourire, sa joie de vivre. Tout ça a été brisé à jamais. Tout ça, tu me l’as enlevé, tu me l’as volé », a sangloté Claudette Biard, la mère de Véronique Barbe.  

Le père de la victime explique dans une lettre avoir été incapable d’assister au procès. « Ce n’est pas normal qu’un parent survive à ses enfants. J’éprouve de la haine et de la colère et aussi une peine énorme. Parce qu’un homme a décidé de prendre la vie de ma fille. Un homme méchant et égoïste, qui pensait à une seule chose, à lui-même. Je me moi », a confié Pierre Barbe dans une lettre lue par le procureur de la Couronne, Me Steve Baribeau.

« J’ai fait des crises d’hystérie à crier à bout de poumons tellement j’avais mal… Tu m’as enlevé une partie de moi-même, tu m’as enlevé ma soeur. Tu m’as arraché le coeur et ça fait mal. Ce soir-là, j’ai perdu espoir. Tu m’as déchiré la vie », a témoigné une cousine de Véronique Barbe.  

La fille d’Yvon Lacasse a lu une lettre poignante pour l’ensemble de la famille Lacasse. L’homme de 71 ans, un bon vivant aimé de tous, a été battu à mort par Ugo Fredette à une halte routière de Lachute afin de lui voler son véhicule pour sa cavale. Le corps du septuagénaire a été retrouvé dans un bois des jours plus tard.  

PHOTO FOURNIE PAR LA FAMILLE

Yvon Lacasse

Jennifer Lacasse a évoqué le « cauchemar sans fin » de sa disparition, la colère et l’incompréhension des six frères et soeurs de son père, la douleur impossible du conjoint des 20 dernières années de son père, la colère sourde de son frère. « Mon père est le papi de huit super petits enfants. Ces enfants ont perdu leur papi. Tu leur as volé tellement de beaux moments en sa compagnie… », a-t-elle témoigné en pleurant.  

« Mon père est mort bien seul et c’est le plus grand drame de ma vie, car mon père ne méritait pas toute la souffrance que tu lui as fait subir… », a conclu Jennifer Lacasse dans la salle d’audience bondée du palais de justice de Saint-Jérôme.  

La juge Myriam Lachance a tenu à saluer le courage des témoins. « C’est une étape importante dans votre deuil. J’espère que ça saura apaiser la souffrance qui vous habite », a-t-elle déclaré.  

Ugo Fredette a été automatiquement condamné à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans. La Couronne demande toutefois de cumuler les peines pour l’obliger à passer au moins 50 ans derrière les barreaux. Le débat se fera toutefois en mars 2020. La défense a annoncé son intention de contester la constitutionnalité des peines cumulées.  

La juge Lachance attendra cependant la décision de la Cour d’appel du Québec dans le dossier d’Alexandre Bissonnette, l’auteur de la tuerie de la mosquée de Québec, avant de rendre sa décision l’an prochain.