L’ancien PDG de SNC-Lavalin, Jacques Lamarre, avait approuvé personnellement l’achat d’un yacht pour le fils du président libyen en 2006, selon ce qu’a raconté le témoin vedette de la Couronne au procès de Sami Bebawi, ancien vice-président directeur de la firme, mardi matin.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

« J’ai eu une demande de rencontre avec Jacques Lamarre, d’abord seul »,  a relaté Riadh Ben Aissa, ancien responsable des projets de SNC-Lavalin en Libye, devant le jury ce matin.

« Il a dit: “Je suis au courant que tu veux acheter un bateau”. Il a dit “C’est bon”. Il avait déjà les papiers devant lui », a poursuivi le témoin.  

M. Ben Aissa avait raconté lundi comment le développement d’une relation étroite avec Saadi Kadhafi, fils du président libyen Mouammar Kadhafi, avait été bénéfique pour SNC-Lavalin. Saadi Kadhafi avait notamment fait pression pour que la firme québécoise remporte sans appel d’offre un contrat d’un milliard de dinars.

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Riadh Ben Aissa

Peu après l’obtention de ce contrat, M. Kadhafi a visité avec lui le stand d’un fabricant de yachts, à Cannes, et a dit aimer particulièrement cette marque, selon ses souvenirs.

Le témoin dit que l’avocat de Saadi Kadhafi lui a ensuite montré des options de paiement pour le yacht et lui a fait comprendre que SNC-Lavalin devait acquitter la facture d’environ 25 millions de dollars américains pour le bateau.

Plus d’argent dans son compte en Suisse

Riadh Ben Aissa affirme en avoir parlé à son supérieur au sein de l’entreprise, Sami Bebawi, qui lui est revenu peu après en disant avoir obtenu l’accord du PDG Jacques Lamarre pour cet achat.

M. Lamarre aurait ensuite donné son accord de vive voix à M. Ben Aissa lors d’une réunion à son bureau. Il aurait demandé sur-le-champ à son responsable des finances de vérifier que la trésorerie serait capable de payer de tels montants.

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Sami Bebawi est accusé de corruption d’agent public étranger, fraude, blanchiment d’argent et possession de biens volés.

Les montants versés à Riadh Ben Aissa dans un compte en Suisse afin de payer des dépenses liées aux projets libyens auraient ensuite été ajustés à la hausse pour couvrir les coûts du bateau, selon ce que l’ancien cadre a raconté aux jurés. Riadh Ben Aissa aurait été avisé qu’en contrepartie, la direction de l’entreprise s’attendait à ce qu’il obtienne le paiement de toutes les factures et le versement de sommes attendues en lien avec les contrats en Libye.

M. Ben Aissa affirme qu’au cours de la même réunion à Montréal, Jacques Lamarre a fait venir Michael Novak, président de la division internationale de SNC-Lavalin, pour l’informer de ce changement.

« Jacques Lamarre a informé Michael Novak qu’on allait changer les modalités de paiements en fonction des modalités de paiement de l’achat du bateau pour Saadi Kadhafi », a-t-il relaté.

Sami Bebawi est accusé de corruption d’agent public étranger, fraude, blanchiment d’argent et possession de biens volés. Son procès doit durer au moins six semaines.