Un proxénète et prédateur sexuel a été condamné lundi à une sévère peine de 15 ans de pénitencier pour de multiples accusations d’agressions sexuelles et de proxénétisme à l’égard de sept adolescentes et deux jeunes femmes. Les crimes sordides de Luis Fernando Camacho Vera ont eu des répercussions « lourdes et dramatiques » sur ses victimes.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

« Le Tribunal se doit d’envoyer un message clair à l’accusé et à toute personne qui serait tentée de l’imiter », a conclu la juge Mylène Grégoire. L’homme de 36 ans s’est fait passer les menottes aux poignets lundi après-midi, visiblement déconcerté par l’ampleur de la peine. Plusieurs de ses victimes observaient attentivement la scène dans la salle d’audience du palais de justice de Montréal.  

PHOTO LA PRESSE CANADIENNE/SPVM

La juge a tenu à souligner « l’immense courage » des jeunes femmes. « Grâce à leur force, leur combativité, leur résilience, elles ont permis de mettre un terme à cette exploitation, à cette maltraitance et à ces abus, tout en prévenant sans doute que d’autres personnes subissent le même sort », a relevé la juge.  

Luis Fernando Camacho Vera a plaidé coupable en mars dernier à une vingtaine d’accusations pour agressions sexuelles, contacts sexuels, leurres d’enfant et proxénétisme. La plupart des crimes ont été commis à l’encontre d’adolescentes âgées de 15 à 17 ans entre 2014 et 2017. L’accusé a agressé sexuellement sept victimes et trois de ses victimes se sont prostituées pour son compte.

À cette époque, Luis Fernando Camacho Vera « roulait sur l’or » grâce à son entreprise d’escortes. Il a alors élaboré un stratagème pour piéger des adolescentes. Il publiait des offres d’emplois bien rémunérés de réceptionniste ou de masseuse dans un salon sur des sites d’annonces et demandait à ses proies de lui envoyer des photos. Un « hameçonnage insidieux », selon la juge.

Son modus operandi était bien rodé. Sous le nom de « Carlos », il allait chercher ses victimes à une station de métro à bord d’un luxueux véhicule et les conduisait à un salon de message sur la rue Jean-Talon pour une « entrevue ». Pendant leur « formation », il leur demandait de se déshabiller et les agressait sexuellement sans porter de condom. Il expliquait ensuite les services sexuels qu’elles devraient offrir aux clients en se prostituant et le tarif de chaque service.  

Les neuf victimes sont marquées au fer rouge par les crimes de leur bourreau. Le juge a énuméré une longue liste de conséquences, dont l’anxiété, la dépression, le décrochage, la perte d’emploi, la vie sociale affectée et la peur de l’autre. Deux victimes souffrent d’un trouble post-traumatique.

Luis Fernando Camacho Vera a offert ses excuses aux victimes et a exprimé des regrets, soutient la juge. L’accusé pensait que les victimes étaient « consentantes ». Il qualifie ses crimes « d’ignoble, de dégoûtant et dégradant » et maintient être une « meilleure personne » depuis.

Le Montréalais présente plusieurs caractéristiques du trouble de personnalité narcissique, dont le manque d’empathie, selon un rapport d’expert qui relève aussi « sa propension à la duperie, la manipulation, au parasitisme ». Son risque de récidive sexuelle est au-dessus de la moyenne, ou modéré faible, selon deux rapports d’évaluation.

La juge reconnaît comme facteurs atténuants son absence d’antécédents judiciaires, ses remords et sa reconnaissance de culpabilité. Elle soulève toutefois de nombreux facteurs aggravants dans l’imposition de la peine, dont les mauvais traitements aux victimes mineures, le nombre de victimes, leur âge, la répétition des crimes et les multiples séquelles à court, moyen et long terme des victimes.

La juge Grégoire a ainsi suivi la suggestion du procureur de la Couronne Me Pascal Dostaler en imposant une peine de 15 ans de pénitencier à l’accusé. La défense réclamait la peine minimale de cinq ans de détention.

Une présumée complice, Claire Nicolle, a été arrêtée en même temps que Camacho Vera par le Module exploitation sexuelle et proxénétisme du Service de police de la Ville de Montréal en avril 2017. La Montréalaise de 31 ans fait toujours face à plusieurs accusations de proxénétisme. Jusqu’à son incarcération, Luis Fernando Camacho Vera résidait avec Claire Nicolle.

PHOTO LA PRESSE

Claire Nicolle