(Toronto) Empêcher des détenus toxicomanes des pénitenciers fédéraux d’avoir accès à des seringues propres met leur santé en danger et viole leurs droits, est sur le point d’entendre un tribunal ontarien.

Colin Perkel
La Presse canadienne

À compter de lundi, des défendeurs des droits des détenus chercheront à convaincre un juge que les règles fédérales au sujet des seringues dans les prisons sont inconstitutionnelles.

« L’interdiction absolue d’utiliser du matériel d’injection stérile est arbitraire, excessive et extrêmement disproportionnée, soutiennent-ils dans des documents déposés devant la Cour supérieure. Les détenus sont particulièrement vulnérables aux violations de leurs droits [constitutionnels], car le gouvernement contrôle totalement tous les aspects de leur vie quotidienne, y compris leur accès aux soins de santé. »

Steve Simons, qui a été incarcéré de 1998 à 2010, est celui qui a lancé cette cause. Des documents judiciaires démontrent que M. Simons a été infecté par le virus de l’hépatite C et pourrait avoir été exposé au VIH pendant le temps qu’il était derrière les barreaux. Il soutient qu’un autre prisonnier a utilisé son matériel d’injection et qu’il n’a pas eu accès à du matériel stérile.

Selon les requérants, le problème réside dans le fait que les autorités pénitentiaires considèrent les seringues comme des objets de contrebande, ce qui expose les détenus qui en ont possession à des sanctions. Pourtant, la recherche démontre de plus en plus que l’accès en prison à des seringues stériles permet de prévenir la propagation de maladies graves.

« Le partage de matériel d’injection de drogue présente un risque élevé de transmission d’infections transmissibles par le sang, font valoir les requérants. La prévalence du VIH et de [l’hépatite C] chez les détenus canadiens, y compris dans les pénitenciers fédéraux, est considérablement plus élevée que dans l’ensemble de la population. »

Ces militants notent que plus de 90 % des détenus sont éventuellement remis en liberté. Comme M. Simons, certains auront contracté des maladies graves en partageant des seringues derrière les barreaux.

« Le refus des autorités correctionnelles de garantir l’accès à du matériel d’injection stérile dans les prisons met non seulement en danger la santé et la vie des prisonniers, mais contribue également à un problème de santé publique au-delà des prisons. »

Les données statistiques laissent entendre que les détenus autochtones et les femmes sont les plus exposés, ce qui rend l’approche d’Ottawa discriminatoire, selon les demandeurs.

Conscient de ce problème, le gouvernement fédéral a récemment lancé un programme pilote d’échange de seringues dans le cadre duquel les détenus ont accès à du matériel stérile. Toutefois, le projet pilote n’a été mis en œuvre que dans une demi-douzaine des 43 pénitenciers fédéraux du Canada, selon les documents déposés par les tribunaux.

Le Service correctionnel du Canada tente depuis longtemps d’empêcher les drogues de pénétrer dans les prisons, mais reconnaît que la contrebande est inévitablement utilisée par les détenus.

Les gardiens de prison s’opposent à la mise à la disposition des détenus de seringues, invoquant le risque de blessure accidentelle ou intentionnelle. Cependant, leur syndicat affirme que les sites d’injection sécurisés en prison sont préférables aux programmes d’échange de seringues proposant des kits d’injection pour une utilisation en cellule.