La mère de Jenique Dalcourt, tuée il y a cinq ans sur une piste cyclable de Longueuil, se bat pour être considérée comme une victime d’acte criminel aux yeux de l’État.

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

Le plus haut tribunal de la province accepte d’entendre la cause de Monique Dalcourt, la mère de Jenique Dalourt, cette jeune femme de 23 ans battue à mort il y a cinq ans sur une piste cyclable du Vieux-Longueuil, et dont le meurtrier n’a toujours pas été identifié.

Victime de stress post-traumatique depuis qu’elle a vu une vidéo tournée le soir du meurtre, Mme Dalcourt est suivie par un psychologue – un traitement coûteux que l’État refuse de lui payer, affirmant qu’un acte criminel n’a pas été commis à son endroit, mais bien envers sa fille.

« Ils me disent que, comme je savais que Jenique était décédée, la vidéo ne devrait pas me toucher, dit Monique Dalcourt en entrevue. Je m’excuse, mais ce n’est pas comme ça que ça marche. Ce qu’ils disent, c’est inhumain. »

PHOTO TIRÉE DE FACEBOOK

Jenique Dalcourt a été tuée le 21 octobre 2014 dans un secteur mal éclairé de la piste cyclable du Vieux-Longueuil.

L’ancien ministre de la Justice MMarc Bellemare, qui représente Monique Dalcourt, juge encourageant le fait que la Cour d’appel du Québec a accepté d’entendre l’affaire. « Le plus haut tribunal du Québec va se prononcer sur la définition de victime au sens de la loi, à savoir si ça touche uniquement la personne qui a reçu une barre de fer sur la tête, ou si ça touche aussi les gens qui ont été traumatisés à l’occasion d’un acte criminel. On est très contents de ça. Il y a de l’espoir. »

C’est après avoir vu une vidéo que Monique Dalcourt a été lourdement affectée. « Dès qu’elle a appris la mort de sa fille, Mme Dalcourt est allée sur l’internet et a vu la vidéo de LCN, où des ambulanciers s’affairaient à réanimer sa fille, sans succès. C’est ça qui a généré le stress post-traumatique. »

Mère d’une victime

L’été dernier, un tribunal administratif a confirmé que l’IVAC avait eu raison de ne pas indemniser Monique Dalcourt, car cette dernière était la mère d’une victime, et non une victime au sens de la Loi sur l’indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC). La loi sur l’lVAC prévoit qu’une victime peut avoir accès à des traitements psychologiques sans limite de temps, alors qu’un proche n’a droit qu’à 30 séances.

Le 24 octobre, la Cour d’appel a accepté d’entendre l’affaire.

Me Bellemare note que cela pourrait avoir des répercussions sur toutes les victimes d’actes criminels au Québec.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Me Marc Bellemare, qui représente Monique Dalcourt

C’est la première fois que la Cour d’appel entend une cause où elle
va devoir interpréter la définition de victime, ce qui est la porte d’entrée
au régime de l’IVAC. Ça a le potentiel de changer bien des choses,
pour bien des gens.

MMarc Bellemare, qui représente Monique Dalcourt

Un premier changement dans la définition d’une victime était survenu en 2013, lors d’une poursuite déposée par Patrick Desautels, l’homme dont l’ex-conjointe avait tué les trois enfants en décembre 2012.

« M. Desautels avait trouvé les corps. L’IVAC avait dit qu’il n’était pas présent lorsque les enfants ont été tués, alors il n’était pas une victime. On avait contesté ça, et on avait gagné. Ça a amené un certain chambardement dans la jurisprudence, qui était très heureux », dit Me Bellemare.

L’affaire sera entendue par la Cour d’appel vers la fin de l’année 2020.

Éclairage minimal

Jenique Dalcourt, résidante de Longueuil, a été battue à mort à coups de barre de métal le 21 octobre 2014 dans un secteur mal éclairé de la piste cyclable du Vieux-Longueuil alors qu’elle rentrait à pied après le travail. Arrêté peu après le crime, un suspect de 26 ans avait été relâché sans être accusé.

La Ville de Longueuil a amélioré l’éclairage dans le secteur depuis, mais selon Monique Dalcourt, la Ville pourrait faire mieux. « Ils ont mis de l’éclairage là où elle a été tuée, mais marchez un peu plus loin et il n’y a rien. Je pense qu’ils devraient mieux éclairer partout, pas seulement à cet endroit. »

Le dossier concernant le meurtre de Jenique Dalcourt est toujours actif. Il s’agit du seul homicide non résolu dont l’enquête a été confiée au Service de police de Longueuil (SPAL) au cours des 15 dernières années.