« J’ai été choquée, vidée, déçue et consternée », lance Jessica Melo. 

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

La fille d’Eddie Melo avait 19 ans lorsque son père, ex-boxeur et ancien champion des poids moyens, a été tué par balles en compagnie de l’un de ses amis, Joao Pavao, à l’extérieur d’un café de Mississauga, en banlieue de Toronto, le 6 avril 2001.

Dernièrement, elle a appris que le meurtrier de son père, Charles Gagné, condamné à la prison à vie en 2003, sans possibilité d’obtenir une libération conditionnelle avant 12 ans, pouvait maintenant bénéficier de sorties du pénitencier, pour le travail, sans être escorté par des agents correctionnels.

En entrevue avec le Toronto Star, la femme, qui a aujourd’hui 37 ans, a exprimé sa colère contre les commissaires aux libérations conditionnelles et les services correctionnels. 

PHOTO FOURNIE PAR LE TORONTO STAR

Eddie Melo et sa fille Jessica

« Qu’est-ce qu’une peine d’emprisonnement à vie signifie si vous pouvez aller librement dans la communauté après seulement quelques années ? Je suis dégoûtée que dans notre système, tout le monde se lance la balle et personne ne prend la défense des victimes », déplore Mme Melo, en interpellant les autorités.

Chauffeur de Frank Cotroni

Originaire de Toronto, Eddie Melo a été amené à Montréal par le promoteur de boxe Régis Lévesque. Il a connu une belle carrière avec trente-deux victoires, neuf défaites et deux combats nuls, et a remporté le titre de champion des poids moyens en 1979, à l’âge de 17 ans seulement.

Mais par la suite, Melo a été arrêté pour divers crimes et a fréquenté des individus liés à la mafia. Il aurait notamment agi comme chauffeur pour Frank Cotroni lorsque ce dernier se rendait à Toronto. Durant une enquête de la Gendarmerie royale du Canada baptisée Choke, au milieu des années 90, l’ancien boxeur a également été observé par les enquêteurs dans un entrepôt contrôlé par Frank Cotroni dans le Grand Toronto.

Melo aurait aussi été la cible d’un complot pour meurtre éventé par les policiers en 1989.

Même si le mobile qui se cache derrière le meurtre de Melo n’est toujours pas connu 20 ans plus tard, il n’aurait toutefois rien à voir avec la mafia, selon le Toronto Star.

Charles Gagné, un résidant de Buckingham, en Outaouais, qui avait déjà un lourd casier judiciaire, aurait agi en tant que tueur à gages. Il a raconté aux autorités avoir commis le crime pour la somme de 75 000 $, mais en avoir reçu les deux tiers.

« Je ne pourrai jamais pleinement exprimer le dégoût absolu et la douleur que je ressens chaque fois que je reçois des appels ou des lettres voulant qu’il soit libéré. Le temps écoulé ne me ramènera pas mon père, mais s’il vous plaît, cessez de recevoir ces demandes et de faire en sorte que ma famille soit à nouveau victime », dit Jessica Melo.

« Les libérations temporaires peuvent être accordées lorsqu’il est estimé que le détenu ne risque pas de récidiver et de représenter un risque pour la société pendant son absence », explique Laura Prosser, porte-parole du Service correctionnel du Canada.

« Les commissaires doivent décider si le risque du délinquant peut être géré en toute sécurité dans la société pendant l’absence, et si cette absence facilitera la réinsertion du délinquant dans la société », ajoute Holly Knowles, de la Commission des libérations conditionnelles du Canada.

— Avec la collaboration de Peter Edwards, du Toronto Star

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse