Un juge a décidé de confisquer la veste et les bijoux d’un Hells Angel de l’Ontario, condamné pour entrave au travail d’une policière.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

La décision rendue vendredi au palais de justice de Saint-Hyacinthe peut sembler banale, mais la saisie de veste et de bijoux est difficile à accepter pour les membres du club de motards.

C’est ce qui a transpiré du témoignage de l’expert des motards à la Sûreté du Québec, Alain Belleau, lors de l’audience sur la confiscation des biens du motard en question, Earl Noseworthy, membre de la section de l’est de Toronto. 

M. Noseworthy a été arrêté le 10 août 2018, sur l’autoroute 20, alors qu’il se rendait à Saint-Charles-sur-Richelieu pour participer à un rassemblement des Hells Angels appelé le Canada Run, en compagnie de « frères » de sa section. Les motards du chapitre South du Québec étaient leurs hôtes.

Immobilisé avec ses compagnons à un barrage policier, au poste de pesée de camions de Belœil, Noseworthy a insulté une policière du Service de police de la Ville de Montréal qui le filmait : il lui aurait dit que si elle n’arrêtait pas, il allait lui enfoncer sa caméra quelque part.

Noseworthy a aussitôt été arrêté. Le sergent Alain Belleau, qui se trouvait tout près, a prévenu le président de la section Toronto Est que les policiers venaient d’appréhender le sergent d’armes de son chapitre et qu’ils s’apprêtaient à saisir sa veste et ses bijoux.

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La veste du Hells Angel Earl Noseworthy

« Il y a eu quelques négociations et le président a avisé les membres de rester à l’écart. Il y a eu d’autres discussions quand on les a avisés que les "couleurs" seraient saisies. Là, on tombait sur un terrain plus délicat. Le président du chapitre m’a affirmé que ce serait difficile pour lui de garder le contrôle sur ses membres si on procédait à la saisie des vestes », a raconté le sergent Belleau.

Finalement, il n’y a pas eu de rififi. 

Noseworthy a été accusé et a plaidé coupable à une accusation réduite d’entrave. Il a été condamné à un sursis de peine de 12 mois et à 50 heures de travaux communautaires. Il a également dû faire un don de 1000 $. Il a donc accepté de reconnaître ses gestes mais a contesté la confiscation de sa vestes et breloques, ce qui démontre leur importance.

En rendant sa décision vendredi, le juge Benoit Gariépy de la Cour du Québec a notamment dit que Noseworthy a délibérément choisi de s’habiller ainsi pour afficher la culture de violence et d’intimidation des motards, et que sa veste, ses bijoux, ses bagues et ses épinglettes sont portés à dessein, pour être vus, qu’ils constituent un tout et sont donc tous confisqués à titre de biens infractionnels. Il a aussi mentionné que plusieurs décisions des tribunaux ont conclu que les Hells Angels sont une organisation criminelle.

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Un des bijoux du Hells Angel Earl Noseworthy

L’encyclopédie des Hells Angels

Durant son témoignage, le sergent Belleau en a beaucoup dit sur les vestes de motards et leurs bijoux, depuis leur origine. Contre-interrogé par Me François Taddeo, il a expliqué que dans la culture populaire, le 1 % qui apparaît sur les vestes des Hells Angels et leurs clubs-écoles trouve son origine dans des déclarations d’un président de l’association des motocyclistes des États-Unis qui, à la suite d’une émeute, a affirmé que 99 % des motards américains n’étaient pas criminels. 

Le célèbre spectacle des Rolling Stones en 1969 à Altamont, en Californie, au cours duquel les Hells Angels assuraient la sécurité et où l’un d’entre eux avait poignardé à mort un spectateur armé d’un pistolet, a aussi été évoqué. 

Me Taddeo lui a souligné que le nom des Hells Angels était inspiré du surnom donné à un bombardier américain durant la Seconde Guerre mondiale et que la tête de mort représentait les compagnons morts au combat. 

M. Belleau ne l’a pas nié : le casque qui apparaît sur le symbole de la tête de mort ailée des Hells Angels est un casque d’aviateur. Et le logo a évolué avec les années : à l’origine, la tête de squelette avait des dents, mais elles ont été remplacées par des coutures, « qui symbolisent la loi du silence qui existe au sein des Hells Angels », a-t-il dit. 

Le sergent Belleau a précisé que les différentes sections des Hells Angels peuvent personnaliser le logo sur leurs vêtements et bijoux, et avoir leurs propres règlements, mais que ceux-ci ne doivent pas contredire ceux de la maison mère internationale et que le symbole cousu à l’arrière des vestes doit rester uniforme.

Selon le policier, les Hells Angels enfilent leur veste pour démontrer leur force et intimider autrui.

Quand on les observe, on voit que lorsque les membres marchent parmi une foule, les gens se tassent de façon naturelle pour les laisser passer.

Le sergent Alain Belleau

Il a ajouté que les Hells Angels ne s’affichent pas lorsqu’ils sont impliqués dans des activités légales, pour ne pas nuire aux affaires ou à leurs relations. « Je pense à un cas, un membre du chapitre South qui avait eu un méchoui à sa libération de prison. C’était le seul membre qui ne portait pas ses couleurs. Quand je lui ai fait remarquer, il m’a dit : “Non, c’est mon commerce” », a décrit M. Belleau.

Ce dernier a également indiqué que de petits clubs au Québec avaient retiré le chiffre 1 % ou les lettres MC (motorcycle club) sur leur veste, par respect pour les Hells Angels, et que ceux-ci ont procédé à un ménage qui avait fait en sorte que les clubs de motards n’étant pas liés à eux n’arboraient plus sur leur veste un symbole en trois morceaux, mais à une seule pièce. Il a dit que les clubs-écoles étaient de retour, comme dans les années 90.

Enfin, M. Belleau a fait quelques autres révélations dignes de mention. Il a affirmé que ce n’étaient pas tous les parents des membres des Hells Angels qui étaient au courant de leur appartenance au club, et qui la cautionnaient. Il a cité le cas d’André Sauvageau, mort cette année, dont les hommages se sont déroulés en deux temps au salon funéraire, la matinée étant réservée à la famille et l’après-midi, aux Hells Angels.

M. Belleau a également affirmé avoir donné une formation sur les motards hors-la-loi à Santo Domingo, en République dominicaine, en novembre 2018, ce qui pourrait indiquer que les autorités locales s’intéressent à la présence des Hells Angels, dont certains Québécois, sur leur territoire.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.