La police soupçonne que des courtiers en hypothèques et en assurances de la région de Québec ont acquis ou tenté d’acquérir les informations personnelles de membres de Desjardins volées par un employé corrompu, afin de se donner un avantage sur leurs concurrents.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

Selon nos sources, cette « cellule de courtiers » constitue maintenant l’un des principaux axes du Projet Portier, l’enquête menée sur le vol de données personnelles de 2,9 millions de membres de Desjardins. Une équipe mixte de plus d’une trentaine d’enquêteurs, issus de la Sûreté du Québec, de la police de Laval et d’autres corps policiers, travaille sur ce dossier depuis juin.

Les courtiers, qui ont pignon sur rue et sont des joueurs bien en vue de l’industrie, sont soupçonnés d’avoir voulu utiliser les informations confidentielles sur les membres de Desjardins pour solliciter des clients et ajuster très précisément leurs soumissions en matière d’assurance ou d’hypothèque. Radio-Canada a aussi rapporté des informations à cet effet ce midi.

Une téléphoniste qui travaillait à solliciter des clients pour deux des suspects, a dit à La Presse avoir perdu contact avec eux depuis le début de l’enquête.

« Oui j’ai travaillé comme téléphoniste, mais on a été interrogés par les enquêteurs et ça finit là, je ne sais même pas ils sont où ! », a-t-elle expliqué.

Trois sources ont confié à La Presse que certains des suspects semblaient avoir eu accès à des informations financières confidentielles depuis longtemps avant l’annonce de la fuite chez Desjardins, possiblement depuis des années.

Un intermédiaire interrogé

Toujours selon nos sources, les policiers ont longuement questionné un prêteur privé autrefois actif dans la région de Cap-Saint-Ignace, à l’Est de Québec, parce qu’ils le soupçonnent d’avoir agi comme intermédiaire dans la vente et la distribution des données volées.

Le prêteur privé aurait utilisé des services web encryptés pour faire circuler les données dérobées par l’employé Sébastien Boulanger-Dorval, qui a été congédié par Desjardins pour le vol de données, mais n’est toujours accusé d’aucun crime à cette heure.

La Presse a demandé à M Boulanger-Dorval ce qu’il pensait de la situation, lundi dernier. Il s’est alors précipité vers son véhicule et a démarré en trombe, sans faire de commentaire.

Fraudes classiques

Mis à part les courtiers, l’autre axe d’enquête du Projet Portier concerne une « cellule de fraudeurs », des suspects qui auraient voulu acquérir les données pour des fraudes par vols d’identité classiques.

Un criminel multirécidiviste de Laval, Juan Pablo Serrano, a été la cible d’une perquisition en lien avec cette cellule le mois dernier.

La Sûreté du Québec n’a pas voulu commenter nos informations. Son bilan officiel jusqu’à présent est de six perquisitions, sept interrogatoires de « personnes d’intérêt » et 91 rencontres de témoins dans le cadre de l’enquête.

- Avec la collaboration de Daniel Renaud et Gabriel Béland, La Presse