(Saint-Jérôme) Voyages de pêche, bouteilles de vin et séjours aux Îles-de-la-Madeleine : l’ancien directeur général de la Ville de Terrebonne profitait des largesses des firmes favorisées par la municipalité dans les années 2000, a-t-il raconté mercredi au troisième jour du procès de Jean-Marc Robitaille et de trois accusés. Le témoin s’est toutefois montré vague sur le rôle de l’ex-maire dans le système allégué de partage de contrats.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Jean-Marc Robitaille, son ex-chef de cabinet Daniel Bélec, l’ancien directeur général adjoint Luc Papillon et l’entrepreneur Normand Trudel sont accusés de corruption dans les affaires municipales et d’abus de confiance pour leur rôle dans un système de corruption basé sur le partage de contrats et l’octroi de cadeaux aux hauts fonctionnaires à Terrebonne entre 2000 et 2012. Ils ont été arrêtés l’an dernier dans l’enquête Médiator de l’Unité permanente anticorruption (UPAC).

Selon la théorie de la Couronne, deux firmes d’ingénierie se partageaient les contrats publics à Terrebonne en vertu d’une « directive » du maire Robitaille. Or, le témoin de la Couronne, Denis Lévesque n’a pas évoqué de « directive » claire du maire dans son témoignage mercredi matin. Pourtant, cette « directive » est « ni plus ni moins que la pierre d’assise du système de corruption mise en place » par M. Robitaille et ses bras droits, allègue la poursuite.

Le directeur général de Terrebonne de 2001 à 2014 se souvient d’une discussion avec le maire Robitaille « fin 2000-début 2001 » à l’hôtel de ville à la suite de la fusion municipale de Terrebonne, Lachenaie et La Plaine. « Il m’a mentionné de continuer avec les mêmes firmes d’ingénieurs qui travaillaient déjà dans les villes », a témoigné M. Lévesque, sans donner plus de détails sur les circonstances de cette demande.

Trois firmes faisaient partie du lot : LBHA de feu Jean Leroux (accusé dans cette affaire), BPR Triax d’André Maisonneuve et NACEV d’Aurèle Théberge. Toutefois, seules deux firmes se partageaient le territoire, selon la Couronne : LBHA pour les secteurs de Lachenaie et La Plaine et BPR Triax pour l’ancienne ville de Terrebonne.  

Mardi, l’ancien directeur du Génie et des projets spéciaux à Terrebonne Marc Bouchard a confirmé cette théorie à la barre des témoins. Les firmes LBHA et BPR Triax se partageaient la quasi-totalité des contrats sous invitation de 25 000 à 100 000 $ à Terrebonne, selon lui.  

Le témoin a aussi raconté avoir reçu une « directive » de son supérieur Denis Lévesque au sujet du partage de contrats au début des années 2000. « Le directeur général m’a rencontré pour m’annoncer que pour faire fonctionner la Ville pour les appels d’offres, on invitait les deux mêmes firmes pour le dossier sous invitation », a-t-il expliqué.

Croisières et voyages de pêche

L’ancien directeur général recevait à l’époque de nombreux cadeaux de la part des entrepreneurs, fournisseurs et firmes professionnels qui faisaient affaire avec la Ville de Terrebonne. « Comme bien des fonctionnaires au Québec », nuance Denis Lévesque.  

L’entrepreneur et coaccusé Normand Trudel lui faisait notamment livrer pour Noël des cadeaux comme des couteaux et une robe de chambre. Un commentaire qui a fait sourire M. Trudel dans la salle. Mardi, une allusion aux couteaux offerts par l’entrepreneur a même provoqué l’hilarité générale des accusés en plein témoignage.

Aurèle Théberge, de la firme NACEV, a invité à trois reprises Denis Lévesque à des voyages de pêche au Lac des neiges dans le parc des Laurentides à partir de 2005. Un voyage d’une valeur d’environ 2000 à 3000 $ par année, selon le témoin. Chaque fois, l’ex-maire Robitaille et son épouse étaient présents, de même que les coaccusés Daniel Bélec, Normand Trudel et l’ancien conseiller municipal Michel Morin. Ce dernier n’est toutefois pas accusé.

Puis, en 2008, le témoin Lévesque a été invité à un voyage en bateau jusqu’aux Îles-de-la-Madeleine aux frais d’Aurèle Théberge. Un cadeau d’au moins 3000 $, selon lui. Encore une fois, Jean-Marc Robitaille et sa conjointe participaient au voyage. La Couronne a présenté à la juge une vidéo montrant Denis Lévesque sur le bateau à la même table que M. Robitaille.  

Selon la théorie de la Couronne, « les administrateurs de la Ville auraient permis et maintenu un système de corruption notamment basé sur le partage de contrats, ayant pour effet de favoriser des firmes d’ingénieurs et des entrepreneurs au détriment des autres » de 2000 à 2012 à Terrebonne.

Me Alice Bourbonnais-Rougeau et Me Martin Duquette représentent le ministère public. Les accusés sont défendus par sept avocats, dont Me Michel Massicotte et Me Roxane Hamelin.