(Saint-Jérôme) Tout juste avant son arrestation, Ugo Fredette a utilisé un enfant de six ans comme « bouclier » humain lors d’un face-à-face sous haute tension avec deux policiers armés. Une policière ontarienne a fait le récit jeudi matin de l’étape ultime de la cavale d’Ugo Fredette, au neuvième jour de son procès devant jury pour les meurtres au premier degré de Véronique Barbe et d’Yvon Lacasse.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Environ 24 heures après le déclenchement d’une alerte AMBER et la découverte du corps de Véronique Barbe, Ugo Fredette est repéré par la Police provinciale de l’Ontario (OPP) à l’est de l’Ontario, le 15 septembre 2017. Au terme d’une poursuite policière de 45 minutes, l’accusé range son véhicule volé sur le terrain d’une résidence, lorsqu’il roule sur un tapis à clous.

C’est là que l’agente Paméla Côté et son collègue Michael Danielson tombent nez à nez avec Ugo Fredette dans la cour arrière. Les deux pointent leur carabine C-8 en direction du suspect. Ce dernier tient un enfant par la nuque avec sa main gauche et tient un bâton dans sa main droite.  

PHOTO DÉPOSÉE EN COUR

Le bâton tenu par Ugo Fredette au moment de son arrestation en Ontario.

« Il criait : "Fuck off, shoot me, shoot me [tirez-moi, tirez-moi]". On continue à lui dire de laisser l’enfant. Il tenait [l’enfant] au cou, et il faisait des gestes de "poignardage" vers lui. Il l’avait devant lui et il l’utilisait comme un bouclier », a témoigné l’agente Côté, dans un témoignage en anglais traduit au jury.

Malgré les ordres des policiers, Ugo Fredette refuse d’obtempérer. C’est alors que l’agent Danielson utilise un fusil à impulsion électrique de type Taser pour le maîtriser. La policière court vers l’accusé pour lui arracher l’enfant de son emprise. Elle remarque des marques et des égratignures derrière sa nuque. Le jury a d’ailleurs observé une photo de l’enfant où on peut voir des rougeurs au niveau du cou.

« On lui a donné un popsicle, il était vraiment dérangé [upset]. Je lui ai demandé s’il allait bien, il a dit oui. Je lui ai demandé s’il parlait anglais, il a dit oui. Je lui ai demandé son nom. Il [me l’a dit]. Il était hystérique pendant tout le processus. Il pleurait et il pleurait », a décrit la policière, qui a maintenu sa version en contre-interrogatoire. La veille, l’agent Danielson a fait un récit similaire des évènements.


Le sergent Chris Pinkerton a procédé à l’arrestation d’Ugo Fredette, alors qu’il était étendu au sol après avoir reçu quelques tirs de Taser. L’accusé avait les yeux fermés et n’a pas réagi à la lecture de ses droits. C’est seulement dans le véhicule de police qu’il a parlé en français. Mais le policier ontarien unilingue a seulement compris qu’il se plaignait de la douleur provenant des menottes.  

À 500 km de Niagara Falls

Mercredi, l’agent Danielson a expliqué au jury qu’Ugo Fredette ne semblait pas se diriger vers Niagara Falls avant la poursuite policière. Il se trouvait même à plus de 500 kilomètres de cette destination. Pendant une discussion téléphonique avec ses parents, après son arrestation, Ugo Fredette a déclaré qu’il voulait montrer les célèbres chutes à l’enfant de six ans. Pendant sa cavale l’accusé est parti de Lachute jusqu’à Val d’Or, puis en direction de Maniwaki.

Ugo Fredette est accusé d’avoir poignardé à une dizaine de reprises sa conjointe Véronique Barbe, en présence de deux enfants, dans leur résidence de Saint-Eustache, le 14 septembre 2017. Selon la théorie de la poursuite, Ugo Fredette refusait d’accepter leur rupture. Il est accusé d’avoir tué Yvon Lacasse, 71 ans, pour lui voler son véhicule à une halte routière de Lachute. Son corps a été retrouvé dans un boisé dans les Laurentides.  

Me Steve Baribeau, Me Alexis Marcotte-Bélanger et Me Karine Dalphond représentent le ministère public, alors que Me Louis-Alexandre Martin défend Ugo Fredette. La juge de la Cour supérieure du Québec Myriam Lachance préside le procès devant jury. Le procès se poursuit cette semaine au palais de justice de Saint-Jérôme.