C’est dans le cadre d’une enquête conjointe avec le FBI, en 2018, que la GRC a découvert les indices de corruption interne qui allaient mener à l’arrestation du grand patron de son service de renseignements, Cameron Ortis, soupçonné d’être une « taupe ».

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

C’est ce qu’a expliqué la commissaire de la GRC, Brenda Lucki, lors d’une conférence de presse à Ottawa mardi. Avare de commentaires, Mme Lucki a répété plusieurs fois qu’il était impossible de préciser les détails de l’affaire en raison de sa nature « sensible ». Elle a critiqué les journalistes pour avoir rapporté des informations qu’elle qualifie de « spéculatives » et elle a demandé à ce qu’on respecte la vie privée du haut gestionnaire accusé d’une des plus importantes brèches de sécurité de l’histoire de l’organisation.

« Nous devons respecter la vie privée de l’accusé et son droit à un procès équitable », a-t-elle martelé.

Mme Lucki a expliqué que les signes d’un problème interne sont apparus en 2018, alors que la GRC collaborait à une enquête criminelle du FBI.

« Nous sommes tombés sur certains documents qui nous ont porté à croire qu’il pouvait y avoir corruption interne », a-t-elle expliqué.

« Une fuite, ou une taupe », a précisé l’assistant commissaire Mike Duheme, assis à ses côtés.

Au départ, il n’était pas clair si les documents avaient été coulés par quelqu’un au sein de la GRC ou par un partenaire. Une enquête interne a été déclenchée pour trouver la source.

La GRC dit avoir mis le « maximum » de ressources pour cette enquête. Après plusieurs mois de travaux, les policiers ont identifié Cameron Ortis, un civil qui travaillait au sein du corps policier depuis 2007 et qui avait grimpé les échelons jusqu’à prendre la direction du Centre national de coordination du renseignement. M. Otis a été arrêté jeudi dernier.

« On ne peut pas contrôler les actes humains »

Mme Lucki a dit n’avoir jamais rencontré Cameron Ortis. L’assistant commissaire Duheme a dit l’avoir croisé quelques fois mais n’avoir échangé que des banalités avec lui.

PHOTO LAUREN FOSTER-MACLEOD, VIA REUTERS

Cameron Ortis fait face à plusieurs accusations, notamment le fait d’avoir dérobé des informations sensibles dans le but de les transmettre à une « entité étrangère » ou un groupe terroriste.

La chaîne Global et plusieurs autres médias ont rapporté que l’enquête conjointe avec le FBI qui a mené à la découverte des documents sensibles était l’enquête sur Vincent Ramos, le PDG de la firme Phantom Secure. Ramos, un homme d’affaires de Vancouver, a été condamné à la prison aux États-Unis pour avoir vendu des téléphones cellulaires encryptés et intraçables à de puissants trafiquants de drogue sur plusieurs continents.

À la conférence de presse, la commissaire Lucki a refusé de confirmer ces informations. Elle a dit ne pas pouvoir commenter car la GRC n’est pas l’agence principale en charge de cette enquête.

La commissaire a dit que les autorités faisaient tout pour minimiser les risques, mais qu’aucune organisation ne peut se prémunir à 100 % contre la trahison.

« On ne peut pas contrôler les actes humains. On peut mettre tous les processus, les politiques et les procédures, mais on ne peut pas contrôler tous les actes humains », a-t-elle souligné.

Cameron Ortis fait face à plusieurs accusations, notamment le fait d’avoir dérobé des informations sensibles dans le but de les transmettre à une « entité étrangère » ou un groupe terroriste. Il doit revenir devant la cour vendredi.

La GRC affirme que l’enquête à son sujet se poursuit.