Trafic de méthamphétamine entre l’Ontario et le Québec, tueurs à gages québécois actifs dans la région de Hamilton, rencontres de plus en plus fréquentes entre motards et mafiosi ontariens et québécois, trafic humain dans le corridor Montréal-Toronto. Confrontés à une criminalité organisée qui n’a plus de frontière, la Sûreté du Québec (SQ) et la Police provinciale de l’Ontario (PPO) s’unissent pour être plus efficaces.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Les deux plus grands corps de police provinciaux du Canada viennent de conclure une nouvelle alliance, a appris La Presse. L’expérience en est à ses balbutiements, mais elle pourrait, dans un jour pas si lointain, prendre la forme d’une escouade régionale mixte (ERM) Québec-Ontario.

« La criminalité a beaucoup évolué. En renseignement, on constate que les liens entre le crime organisé du Québec et celui de l’Ontario n’ont jamais été aussi forts. Il n’y a plus de frontière. Nous sommes parmi les deux plus gros corps de police au Canada. Dans le passé, nous avons raté des opportunités parce qu’on ne travaillait pas assez ensemble. Nous aurons maintenant une meilleure communication et une plus grande agilité pour nous attaquer au crime organisé », affirme l’inspecteur-chef Guy Lapointe, de la Sûreté du Québec.

Pour les six premiers mois, la nouvelle alliance entre la SQ et la PPO sera modeste ; les deux corps de police s’échangeront un enquêteur qui ira travailler dans les bureaux de l’autre organisation policière. Mais à moyen terme, la collaboration s’intensifiera, au fil des enquêtes et des problématiques à régler.

L’OPP aura accès aux moyens d’enquête de la SQ, tels l’écoute électronique et la filature, et vice versa.

PHOTO NATHAN DENETTE, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

« On pourrait se retrouver avec 25 enquêteurs de chaque côté dans le cadre d’un projet », affirme l’inspecteur-chef Lapointe qui est également porte-parole de l’Escouade nationale de répression contre le crime organisé (ENRCO).

La méthamphétamine et tout le reste

Le partenariat s’inscrira notamment dans une nouvelle stratégie pancanadienne de lutte contre la méthamphétamine qui inclut les corps de police de la Colombie-Britannique et de l’Alberta. 

La méthamphétamine est une drogue qui est très présente au Canada et dont le trafic est contrôlé par le crime organisé, notamment les motards au Québec.

Régulièrement, les produits chimiques sont importés par des individus en Ontario et ensuite déplacés dans des laboratoires clandestins du Québec, où les drogues de synthèse sont produites, explique le surintendant Bryan Mackillop, de la PPO, patron des enquêtes sur le crime organisé.

« Les individus du crime organisé qui trafiquent de la méthamphétamine sont souvent également impliqués dans le blanchiment d’argent, le trafic d’armes, le trafic humain et même les crimes avec violence », décrit M. Mackillop.

Depuis deux ans, au moins quatre événements violents, dont des acteurs seraient québécois, sont survenus en Ontario.

Le 22 juillet dernier, trois individus de race noire à bord d’une voiture immatriculée au Québec ont été impliqués dans une curieuse collision en face de la résidence du chef de clan de la mafia ontarienne, Pat Musitano.

Le 2 mai 2017, les policiers ont observé des suspects à bord d’une voiture immatriculée au Québec avant qu’Angelo Musitano, le frère de Pat, soit assassiné.

Le 30 janvier dernier, le neveu de l’ancien chef de la mafia montréalaise Paolo Violi, Cece Luppino, a été assassiné chez lui à Hamilton par un suspect que la police croit être un Québécois.

Le 11 mars dernier, un Hells Angel ontarien, Michael Deabaitua-Schulde, a été tué, et quatre Montréalais ont été arrêtés et accusés.

Par ailleurs, un Hells Angel du Québec, Sylvain Vachon, porte maintenant les couleurs de la section de Woodbridge, en Ontario, et il serait très actif et influent, dit la police.

Les enquêteurs québécois observent de plus en plus de rencontres entre des motards et mafiosi québécois et ontariens.

Tant d’éléments qui motivent la SQ et la PPO à travailler ensemble.

« C’est le début d’un échange approfondi. On veut s’imprégner de la culture de l’autre corps de police et travailler ensemble à longueur d’année. À moyen terme, nous aurons une grosse équipe confortable pour travailler des deux côtés de la frontière », conclut le surintendant Mackillop.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.