Une arrestation de routine pour le vol d’un vélo d’enfant a complètement dégénéré, il y a deux ans, à Montréal-Nord. Deux hommes, dont un acteur-clé de l’affaire Villanueva, ont récemment reconnu avoir encouragé une foule « agitée » de 100 à 150 personnes à entourer deux patrouilleurs, attaqués au couteau par un forcené.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Cette manifestation spontanée, à la limite de l’émeute, est survenue dans un contexte toujours tendu à Montréal-Nord, le 28 mai 2017, quatre jours après qu’un policier du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a été accusé de l’homicide involontaire de Bony Jean-Pierre pendant une opération policière.

Au printemps 2016, une violente émeute avait d’ailleurs éclaté dans le même secteur à la suite d’une marche pacifique pour dénoncer la mort de M. Jean-Pierre et souligner l’anniversaire de celle du jeune Fredy Villanueva. Le poste de quartier 39 avait alors été attaqué par les manifestants et des voitures avaient été incendiées.

C’est l’arrestation de Guyson Milfort pour avoir volé le vélo d’un enfant de 10 ans qui a mis le feu aux poudres, il y a deux ans, à l’intersection des rues Pascal et Lapierre. Une foule d’au moins une centaine de personnes s’est rapidement massée autour des deux patrouilleurs, incapables de maîtriser le suspect. Armé d’un coupe-ongle, Guyson Milfort a lacéré les bras des deux policiers pendant l’échauffourée. Il a écopé de 50 jours de prison en 2017.

« Sortez de notre secteur. C’est notre hood ! » scandait la foule en colère, avait indiqué à La Presse l’an dernier le commandant Miguël Alston, du SPVM. « Il y avait du bruit, on filmait, on huait, on chahutait. Rapidement, les policiers ont pris la décision stratégique de se retirer avec l’homme [M. Milfort] et d’aller ailleurs pour finir l’intervention, parce que ça dégénérait », avait-il expliqué en entrevue.

Dans le brouhaha, les policiers ont reconnu dans la foule les deux accusés, Jeffrey Sagor-Metellus et Michael Alexandre, tous deux âgés de 31 ans. « Ils ont noté que [M. Sagor-Metellus] encourageait les autres personnes à entourer les policiers et […] ne répondait pas aux ordres des policiers de s’éloigner, et ça, à plusieurs reprises », indique le résumé commun des faits.

Également aux premiers rangs de la foule, Michael Alexandre était carrément dans la « bulle » d’une des policières et continuait de se rapprocher, malgré les ordres de la policière. Ce dernier voulait « dénoncer certaines injustices », a précisé son avocat.

Reconnaissance de culpabilité

Jeffrey Sagor-Metellus et Michael Alexandre ont plaidé coupable à un chef d’entrave au travail des policiers, le 21 août dernier, au palais de justice de Montréal. La poursuite a alors demandé l’arrêt conditionnel de l’accusation d’avoir provoqué la peur des « policiers du poste 39 » en vue de leur nuire dans l’exercice de leurs fonctions.

Le juge Pierre Dupras a imposé un sursis de peine et une probation de deux ans aux accusés, à la suite d’une suggestion commune des avocats. Les deux trentenaires échappent ainsi à la prison.

Témoin-clé à l’enquête du coroner sur la mort de Fredy Villanueva, Jeffrey Sagor-Metellus est connu du public pour avoir été atteint par balle au cours de la tragique intervention policière du 9 août 2008 à Montréal-Nord. Il a également été condamné à six mois de prison pour vol et introduction par effraction en 2011.