Une fraude de plus d’un demi-million de dollars, une trentaine d’accusés, des dizaines d’employés congédiés. Un système de fausses réclamations d’assurances d’une ampleur rarement vue au sein de l’entreprise de télécommunications Shaw a permis à trois fraudeurs montréalais de s’en mettre plein les poches au début des années 2010.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

À coups de faux traitements chez le dentiste et de soins factices de professionnels de la santé, les fraudeurs ont soutiré 536 580 $ en deux ans à la compagnie d’assurances Great-West (maintenant Canada Vie) entre 2010 et 2012. Un des trois cerveaux de cette vaste fraude, Ziad Khatib, a plaidé coupable à une accusation de fraude de plus de 5000 $ le mois dernier au palais de justice de Montréal.

Si le stratagème frauduleux est relativement simple, c’est le nombre de participants qui marque l’imaginaire.

Le trio de fraudeurs a réussi à recruter pas moins de 125 employés de la succursale montréalaise de l’entreprise de télécommunications pour participer au stratagème. À la suite d’une enquête du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), 35 employés de Shaw ont fait face à des accusations criminelles. Seule une poignée de dossiers ne sont toujours pas réglés.

« Fais-tu assez d’argent ici ? »

Deux employés de Shaw Communications, Jean-Claude Bucyana et Dimitri Gusev, obtenaient les identifiants personnels et les mots de passe de leurs collègues complices pour accéder à la plateforme informatisée de la compagnie d’assurances Great-West. L’ex-employé Ziad Khatib remplissait ensuite de fausses réclamations au nom des employés à partir de ces informations, a expliqué le procureur de la Couronne Me Louis-Philippe Meek Baillot en présentant les faits à la juge Flavia K. Longo, le mois dernier.

Une fois la réclamation acceptée, la somme demandée frauduleusement était versée dans le compte bancaire des employés complices. Ceux-ci versaient ensuite une partie de cette somme aux trois cerveaux de la fraude. Ziad Khatib obtenait ainsi une commission pour avoir « orchestré le tout ».

Au total, Ziad Khatib a mis la main sur quelque 112 000 $, dont 14 000 $ pour des réclamations personnelles, entre décembre 2010 et novembre 2012.

L’avocat de Ziad Khatib, MFrançois Legault, a expliqué à la cour que son client avait initialement été abordé par Jean-Claude Bucyana. « Fais-tu assez d’argent ici ? », lui aurait lancé son collègue. Comme il gagnait un maigre salaire chez Shaw, Ziad Khatib a commencé à faire des réclamations avec de véritables reçus de soins, mais dont il n’avait pas obtenu le service. C’est lorsqu’il a quitté l’entreprise qu’il a commencé à faire de fausses réclamations au nom d’employés complices.

Une fraude « vaste et organisée »

Le commandant Juan Francisco Vargas, de la Division des crimes contre la propriété du SPVM, avait déclaré à La Presse en 2017 n’avoir jamais vu une fraude « aussi vaste et organisée » au sein d’une entreprise.

Un rapport présentenciel sera confectionné dans le but d’établir la peine de Ziad Khatib, qui doit revenir en cour le 15 octobre. Ses deux complices, Jean-Claude Bucyana, 43 ans, et Dimitri Gusev, 31 ans, ont également reconnu leur culpabilité dans les derniers mois. Le premier a écopé de 18 mois de prison avec sursis, alors que le second attend toujours sa peine.

La Great-West n’a pas répondu hier à la demande d’entrevue de La Presse.

« En décembre 2012, Shaw Direct a mené une enquête interne concernant des réclamations d’assurances déposées par un groupe spécifique d’employés, a de son côté indiqué dans un courriel un porte-parole de Shaw Communications. Quatre-vingts employés ont été congédiés dans la foulée de l’enquête. Comme il s’agit d’une affaire interne, reliée à des problèmes d’employés, Shaw ne fera pas d’autres commentaires à ce sujet. »