Un « responsable de la salubrité » de l’hôpital du Sacré-Cœur de Montréal a profité de son accès aux locaux de l’établissement pour y tourner des images pornographiques.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Des « objets de l’hôpital » ont même été souillés à cette fin par Jean-Daniel Patry-Chevrier, 34 ans, selon une personne qui a visionné les images.

La révélation a été faite début juillet dans une décision judiciaire, mais les faits remontent à quelques années.

Fin 2015, plusieurs employées de Sacré-Cœur se sont rendu compte que des montages photographiques obscènes les mettant en scène circulaient sur internet, révèle une récente décision de la Cour d’appel. Des images volées sur Facebook avaient été modifiées par l’ajout d’images d’organes sexuels ou de commentaires dégradants.

Les victimes ont soupçonné Patry-Chevrier d’être à la source de ces montages, notamment parce qu’elles reconnaissaient son visage sur des images pornographiques (réelles celles-là, plutôt que fabriquées) prises dans les locaux de l’hôpital et mises en ligne sur les mêmes sites.

« C’étaient des photos où il était habillé en vêtements de l’hôpital, pour la plupart [prises] dans des salles de l’hôpital », a témoigné l’une des victimes de l’homme. Il utilisait « plusieurs objets différents », dont des « objets de l’hôpital », dans les pratiques sexuelles auxquelles il s’adonnait, a-t-elle continué, toujours sous serment. Elle a donné l’exemple d’un outil de nettoyage.

Prendre sa « revanche » sur les femmes

Une ordonnance judiciaire nous interdit d’identifier les victimes dans cette affaire.

Celles-ci ont porté plainte à la police. Patry-Chevrier a rapidement avoué avoir créé les montages indécents à deux enquêtrices du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Il aurait affirmé vouloir prendre sa « revanche » sur les femmes pour sa vie amoureuse jonchée d’échecs.

Au procès, trois femmes sont venues témoigner de l’impact qu’avaient eu les montages indécents sur leur vie. Elles ont décrit les répercussions sur leur santé mentale et leur crainte que certaines de ces images ne soient toujours en ligne.

En 2017, Patry-Chevrier a été déclaré coupable de sept chefs d’accusation de « communications indécentes », un nouveau crime créé par Ottawa deux ans plus tôt, pour avoir créé et diffusé les montages des employées de Sacré-Cœur. La juge Marie-Josée di Lallo l’a condamné à une probation de deux ans et 105 heures de travaux communautaires.

Il pourrait bien s’agir de la première fois que cet article du Code criminel était utilisé au Québec, selon la procureure de la Couronne au dossier.

Au début du mois, la Cour d’appel a rejeté sa cause : il avait tenté de convaincre les juges qu’en l’absence de témoignage d’un expert informatique, il ne pouvait être condamné. Les juges lui ont donné tort.

Ils ont confirmé que les éléments de preuve avaient « permis d’établir » qu’un des sites qui avait servi à la diffusion des montages indécents contenait des photos de Patry-Chevrier « prises dans certaines salles de l’hôpital, et dans lesquelles il se livre sur lui-même à des pratiques sexuelles anales avec divers objets ».

Aucune accusation criminelle n’est liée à la création de ces images de lui-même entre les murs.

« Inacceptable »

Joint hier à son domicile, Patry-Chevrier n’a pas voulu commenter le dossier. Sa défaite en Cour d’appel, « je m’y attendais un peu », a-t-il tout de même admis.

Du côté de l’hôpital du Sacré-Cœur, on affirme avoir agi rapidement.

« Ce type de comportement est inacceptable et ne sera jamais toléré par le CIUSSS Nord-de-l’Île-de-Montréal », a indiqué cette organisation par courriel. C’est elle qui chapeaute l’hôpital du Sacré-Cœur. 

Nous sommes sensibles à ce qu’ont vécu les victimes et nous tenons à ce que les employés de notre établissement travaillent dans un milieu où ils se sentent respectés et en sécurité.

Extrait d’un courriel de l’hôpital du Sacré-Cœur

Le courriel continue : « L’employé a été suspendu [aux fins] d’enquête dès que nous avons été informés de la situation et nous avons mis fin au lien d’emploi avec cette personne par la suite ».

La procureure de la Couronne qui a fait condamner Patry-Chevrier, Roxane Laporte, s’est réjouie de la conclusion de l’affaire.

« C’est sûr qu’on est très satisfaits », a-t-elle dit en entrevue téléphonique. « Je pense que ce sont surtout les victimes qui sont satisfaites. »

« Le harcèlement qui se fait sur internet ou sur Facebook laisse des traces bien réelles sur les victimes. Ça ne se passe pas juste dans le monde virtuel », a-t-elle ajouté.