(Longueuil) Des résidants de Longueuil et de Brossard dénoncent l’absence de mesures d’apaisement de la circulation dans plusieurs rues fréquentées par des enfants.

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

Des gants stériles mauves, deux bouteilles d’eau vides et des pansements gorgés de sang étaient abandonnés au soleil, hier, dans la rue Desmarchais, à Longueuil.

Quelques heures plus tôt, Amir, un enfant autiste de 14 ans, faisait de la bicyclette à cet endroit avec sa mère quand le conducteur d’une automobile est arrivé à vive allure depuis le chemin de Chambly et a happé l’enfant qui s’en retournait chez lui.

« Sa mère est en état de choc, a confié hier Mouad Zerkti, membre de la famille qui habite tout près et qui a passé la nuit à l’hôpital. Amir, c’est un petit gars qui ne parle pas, mais qui adore faire du vélo. Il a la jambe cassée et il a dû être opéré à la tête [hier] matin à l’hôpital Sainte-Justine. »

À huit kilomètres de là, un adolescent de 17 ans qui circulait à bicyclette sur le trottoir du boulevard Taschereau à Brossard a été happé par un camion cube Budget. La collision est survenue peu après 9 h, jeudi matin, lorsque le conducteur du camion faisait un virage à droite rue Authier et que le jeune homme continuait sa route sur le trottoir, qui fait aussi office de piste cyclable bidirectionnelle à cet endroit.

L’adolescent a été transporté à l’hôpital pour des blessures qualifiées de « sérieuses » par les policiers.

« Ce coin est tellement dangereux »

Plusieurs résidants rencontrés par La Presse hier sur les lieux de ces deux collisions ont déploré des aménagements déficients qui mettent en danger les usagers de la route les plus vulnérables, dont les enfants et les adolescents.

« Quand je suis arrivé sur les lieux, hier matin, j’ai tout de suite compris ce qui s’était passé, car ce coin est tellement dangereux, a dit Dolan Ramcharran, qui habite près du boulevard Taschereau et de la rue Authier. Les conducteurs qui arrivent de Taschereau ne s’arrêtent pas et ne s’attendent pas à voir des cyclistes ou des piétons à cet endroit. Je me dépêche de traverser chaque fois. »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Dolan Ramcharran habite près du boulevard Taschereau et de la rue Authier.

Pour Jean-François Gagné et Marilyn Labbé, qui travaillent tout près, les nombreux piétons et les cyclistes qui utilisent l’hybride trottoir-piste cyclable ou qui traversent le boulevard Taschereau doivent avoir des yeux tout le tour de la tête s’ils ne veulent pas être happés par le conducteur d’une automobile, d’un camion de livraison ou d’un VUS.

« On n’a pas le sentiment d’être en sécurité, dit Mme Labbé. J’ai grandi à Québec, et là, quand les piétons traversent, le trafic automobile est arrêté. Ici, les automobilistes se mettent à tourner alors qu’on est au milieu du boulevard, et ils vont vite. C’est très dangereux. Je vois beaucoup d’accidents. »

Le service des communications de Brossard n’avait pas rappelé La Presse au moment de publier, hier.

Limite de vitesse non respectée

Rue Desmarchais, où l’enfant autiste avait été happé jeudi à Longueuil, La Presse a pu observer que des conducteurs arrivant du chemin de Chambly ne respectaient pas la limite de vitesse du secteur résidentiel, qui est de 40 km/h.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

La rue Desmarchais, à Longueuil

De plus, l’absence de panneaux d’arrêt là où la rue Desmarchais forme deux croissants résidentiels rend hasardeux les déplacements des nombreuses familles dans ce secteur.

« La Ville devrait mettre des panneaux d’arrêt et des dos d’âne ici. Je ne sais pas pourquoi il n’y en a pas, a expliqué une résidante qui a dit s’appeler Brigitte. Le soir, c’est une piste de course. Ça n’a pas d’allure. C’est plein d’enfants ! »

Stanley Jean, âgé de 18 ans, se déplace chaque jour à vélo avec ses amis pour aller jouer au soccer au parc Laurier, à Longueuil.

« J’ai deux amis qui se sont fait heurter par des voitures cet été, a-t-il confié. Je crois que beaucoup d’automobilistes en profitent pour rouler comme ils veulent parce qu’il n’y a jamais de policiers qui surveillent ici. »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Stanley Jean

Pour Laurent Deslauriers, porte-parole de l’organisation Vélo fantôme, il est improductif d’essayer de savoir qui, de l’automobiliste, du cycliste ou du piéton, a commis une faute, surtout lorsqu’il est question d’enfants.

« L’erreur est humaine, elle peut arriver à tous. Ce qu’il faut, c’est faire des aménagements qui tiennent compte du fait que les humains sont imparfaits. Ça peut consister à poser des dos d’âne, réduire la largeur des rues résidentielles, mettre des saillies de trottoir avec de la verdure… Il faut que la rue elle-même “parle” et incite à lever le pied. »

Les deux collisions survenues jeudi sur la Rive-Sud, note-t-il, ont eu lieu à des intersections. « À une intersection, il y a de l’espace, et l’espace envoie un message de vitesse. Ça incite même à accélérer. »

À la Ville de Longueuil, on explique que la collision de jeudi soir a donné lieu à l’ouverture d’une enquête de la part du service de police. « Si l’enquête détermine qu’il y a des changements à faire aux infrastructures ou à la configuration, le dossier est acheminé à la Ville, qui intervient », nous a-t-on dit.