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Paris mortels à 18 ans

Un Lavallois de 18 ans s'est donné la mort... (PHOTO GETTY IMAGES)

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Un Lavallois de 18 ans s'est donné la mort la semaine dernière alors qu'il avait contracté une importante dette sur un site de paris sportifs en ligne contrôlé par la mafia montréalaise, a appris La Presse.

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Un Lavallois de 18 ans s'est donné la mort la semaine dernière alors qu'il avait contracté une importante dette sur un site de paris sportifs en ligne contrôlé par la mafia montréalaise, a appris La Presse.

Le coroner a ouvert une enquête et la police de Laval l'assiste dans celle-ci. On sait notamment que les enquêteurs ont saisi le téléphone cellulaire et l'ordinateur portable du jeune homme.

Selon une source proche du milieu criminel et une autre de la police, la dette contractée par le jeune homme aurait atteint environ 80 000 $, en raison de taux d'intérêt qui pouvaient augmenter de 5 % par semaine.

D'après nos informations, le jeune homme aurait reçu quelques jours avant sa mort un message menaçant d'un individu qui lui aurait imposé une date limite pour rembourser sa dette. Ses funérailles, auxquelles de nombreuses personnes ont assisté, ont eu lieu dernièrement.

Selon des sources, plusieurs membres de la communauté d'origine du jeune à Laval sont outrés. Ils se demandent comment des preneurs aux livres de la mafia ont pu accorder des dizaines de milliers de dollars de crédit à un jeune homme de 18 ans.

« Nous sommes sous la loi du coroner. Pour l'instant, il n'y a rien de criminel et on ne peut rien dire. Mais s'il y a [...] développement dans l'enquête, nous vous le laisserons savoir », a écrit à La Presse la porte-parole de la police de Laval, Stéphanie Beshara.

Les parents n'ont rien vu venir

« On a des problèmes à comprendre comment il en est arrivé à ce point-là. Ce n'est sûrement pas parce qu'il a perdu 200 $. Était-il menacé ? Avait-il une grosse dette ? On veut des réponses », ont déclaré à La Presse les parents du jeune homme, visiblement sous le choc.

L'homme et la femme, dont nous avons préféré taire le nom ainsi que celui de leur fils pour des raisons de sécurité, entendent toutes sortes de choses - que la dette du jeune homme était de 20 000, 50 000 ou 80 000 $. Ils nagent en plein mystère. Ils affirment que leur fils n'a laissé aucune note, mais au moment où La Presse les a rencontrés, l'ordinateur du jeune homme était en possession de la police, et ce, depuis le jour de sa mort.

« Il allait dans un collège à Montréal et voulait étudier en commerce. Il avait un examen vendredi et il a étudié comme si de rien n'était durant la semaine. » - La mère du jeune homme

« La veille de l'examen, un ami a voulu l'amener, mais il a décliné l'invitation. J'ai ensuite essayé de le joindre, mais je n'avais pas de réponse. Ce n'était pas son genre. J'étais inquiète », a raconté la mère, qui a découvert le corps de son enfant dans le garage en revenant à la maison.

Son fils avait eu 18 ans en février. Il se passionnait pour tous les sports et jouait au hockey dans une équipe compétitive de Laval depuis l'âge de 4 ans.

Il travaillait depuis un peu plus d'un an dans un établissement d'une chaîne de restauration rapide à raison de 10 à 15 heures par semaine. « Il était bon élève, il avait de bonnes notes », affirment les parents, à qui leur fils n'aurait jamais parlé de ses problèmes. Ils disent n'avoir rien vu venir.

« C'est une réalité chez les jeunes hommes, les problèmes de dettes et de dépendance au jeu. Pourtant, on ne les entend jamais chez Tel-jeunes. Contrairement aux filles, ils essaient de régler leurs problèmes eux-mêmes, et pour nous appeler, il faut qu'ils soient rendus très loin dans leur détresse », affirme Élise Huot, intervenante à Tel-jeunes et à LigneParents.

« Le cas dont vous me parlez est une occasion de sensibiliser les jeunes hommes à nous appeler, et d'inciter les gouvernements à investir pour que les jeunes soient éduqués dès leur jeune âge à demander de l'aide », ajoute l'intervenante.

Le doigt dans l'engrenage

Le jeune homme aurait misé sur un site en ligne. Une fois sur la page d'accueil, l'utilisateur doit entrer un nom et un mot de passe pour accéder au site et peut ensuite effectuer des paris sur les résultats des matchs de plusieurs sports professionnels, et même sur la prochaine élection présidentielle américaine.

D'après nos recherches, le nom du site est enregistré auprès d'une société du Panamá. Le site est hébergé sur un serveur situé au Costa Rica depuis mars 2015, mais est devenu actif seulement un an plus tard.

La société qui possède le serveur héberge environ 75 autres sites de paris en ligne, selon l'outil de gestion de réseaux MyIP.ms. Le site serait le 58e pour le nombre de visiteurs, avec environ 200 par jour.

On nous a expliqué que les paris sportifs de la mafia montréalaise étaient dirigés par un responsable qui a au-dessous de lui un adjoint, puis des preneurs aux livres (recruteurs).

Les preneurs aux livres sont responsables des joueurs qu'ils ont recrutés. Le taux d'intérêt pour rembourser une dette grimperait de 3 à 5 % par semaine, et lorsqu'un joueur se retrouve avec une dette élevée, un individu lié au crime organisé peut l'acheter et ensuite réclamer la dette et les intérêts auprès du joueur.

« La famille du joueur peut alors se retrouver à devoir assumer la dette de ce dernier. Des gens ont perdu leur maison avec les paris sportifs en ligne », nous a confié une source.

« Les chiffres sont balancés de façon à ce que l'organisation fasse de l'argent et n'en perde jamais. Les quelques gagnants sont financés par les perdants », ajoute un policier à qui nous avons accordé l'anonymat, car il n'est pas autorisé à nous parler.

Peu d'enquêtes

Les paris sportifs constituent une activité traditionnelle du crime organisé, en particulier de la mafia.

Ils ne sont toutefois pas la priorité des corps policiers, car ils sont considérés comme un crime « sans violence » et parce que les peines ne sont pas lourdes.

Durant l'enquête antimafia Colisée au début des années 2000, les enquêteurs, notamment ceux de la Cellule 8002, ont ébranlé le réseau des paris sportifs en ligne du clan Rizzuto qui opérait à partir d'un local à Laval et dont les serveurs ont été installés au Belize avant d'être relocalisés.

Sur l'écoute, les enquêteurs avaient été témoins de la détresse d'un entrepreneur de la rue Chabanel qui devait 50 000 $ et à qui un lieutenant du clan Rizzuto menaçait de « briser la tête ». Un autre, qui devait 800 000 $, a été battu au bar Laennec, alors qu'un troisième, qui avait accumulé une dette de 1,6 million, a dû vendre sa Ferrari et son bateau pour en rembourser une partie.

« Les paris sportifs, ce n'est pas un crime sans violence. Si tu ne payes pas, tu vas en subir les conséquences. » - Mike Roussy, ancien patron de la Cellule 8002 et sergent retraité de la Gendarmerie royale du Canada

« Il y a des menaces, de l'intimidation, de l'extorsion. Ça brise des familles », renchérit le policier anonyme cité précédemment.

Très lucratifs

Les paris sportifs sont très lucratifs pour les organisations criminelles. Un expert avait calculé que durant une période d'un an et demi pendant l'enquête Colisée, les paris avaient généré des profits de 27 millions pour le clan Rizzuto.

Avec les revenus des paris sportifs, les groupes criminels financent d'autres activités, tels des meurtres et des importations de drogues.

Durant l'enquête Colisée, les enquêteurs avaient démontré que les mêmes individus qui étaient impliqués dans les paris sportifs l'étaient également dans l'importation et le trafic de drogues, selon la même hiérarchie.

Le contrôle des paris sportifs et des prêts qui y sont rattachés - ce qu'on appelle dans le milieu « le livre » - est normalement l'un des premiers objets de convoitise lorsqu'un conflit éclate entre clans.

Pour le moment, c'est le clan des Siciliens qui contrôle l'essentiel du livre des paris sportifs à Montréal, et une demi-douzaine de membres du clan se partageraient les recettes.

- Avec la collaboration de Tristan Péloquin, La Presse

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l'adresse postale de La Presse.

Besoin d'aide ?

Si vous avez besoin de soutien ou avez des idées suicidaires, vous pouvez communiquer en tout temps avec Suicide Action Montréal : 514 723-4000 ou 1 866 APPELLE (1 866 277-3553).

Si vous avez besoin de soutien pour des problèmes de jeu, vous pouvez communiquer en tout temps avec Jeu : aide et référence : 514 527-0140 ou 1 800 461-0140

Si vous avez besoin de parler, vous pouvez communiquer en tout temps avec Tel-jeunes : 1 800 263-2266




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