(OTTAWA) Le juge de la Cour suprême, Clément Gascon, a levé le voile sur sa dépression — une « maladie parfois sournoise » qui l’affecte depuis une vingtaine d’années — lors d’une mise au point faite dans la foulée de sa brève disparition qui a entraîné tout un branle-bas mercredi dernier.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

« Je comprends et j’accepte qu’en raison de mes fonctions de juge de la Cour suprême du Canada, certaines réponses de ma part sont requises », a écrit le magistrat dans une déclaration transmise mardi après-midi. La semaine dernière, le juge Gascon a fait l’objet d’un avis de recherche lancé par la police d’Ottawa.

L’homme a été retrouvé sain et sauf quelques heures après le signalement de sa disparition qui a causé l’émoi dans la capitale fédérale. « Depuis plus d’une vingtaine d’années, je conjugue avec une maladie parfois sournoise, la dépression et les troubles de l’anxiété. C’est une maladie qui se soigne, se traite et se contrôle, certains jours mieux que d’autres », ajoute-t-il.

« Mercredi après-midi le 8 mai dernier, dans le contexte de l’annonce récente d’une décision de carrière difficile et déchirante et d’un changement parallèle de médication, j’ai eu un comportement inédit et inhabituel en m’absentant sans avertir et sans contacts pendant plusieurs heures », poursuit le juge Gascon, dont le départ à la retraite a été annoncé il y a un mois à peine. Il doit quitter ses fonctions en septembre prochain.

« Je ne peux ni expliquer ni justifier ce que je comprends être une crise de panique et j’exprime mes profonds regrets envers tous ceux et celles qui en ont durement fait les frais. Ce problème de santé a été pris en charge et traité avec le support médical requis », écrit sans filtre Clément Gascon.

« En bonne santé »

Le juge Clément Gascon assure dans sa missive qu’il est « en bonne santé » et qu’il est « pleinement en mesure d’exécuter [ses] fonctions ». Dès le lendemain de sa disparition, la Cour suprême avait par ailleurs affirmé publiquement avoir « pleinement confiance » que ce malheureux épisode n’affectera pas le travail du magistrat.

« La déclaration faite par le juge Gascon [mardi] demande du courage », a réagi le juge en chef de la Cour suprême, Richard Wagner, à la suite de la mise au point faite par M. Gascon. « Mes collègues et moi sommes extrêmement fiers du juge Gascon, qui a mon plein appui et toute ma confiance. Je suis impatient de le voir siéger à nouveau à nos côtés cette semaine », a-t-il ajouté.

La famille de M. Gascon avait aussi reconnu que l’absence anormale du juge « avait soulevé des inquiétudes » sans néanmoins fournir de détails sur la séquence des évènements. Les derniers mots de la déclaration du juge du plus haut tribunal du pays vont d’ailleurs à ses proches et collègues qui l’ont « soutenu au travers de ce moment difficile. »

« Tout en sachant que je ne peux effacer ce qui s’est produit, je le place derrière moi et je regarde devant. J’en tire et continuerai à en tirer des leçons et apprentissages importants avec le temps, la patience et l’aide requise sur laquelle je peux compter », conclut-il.

Membre du Barreau du Québec depuis 1982, M.  Gascon a pratiqué le droit pendant 21 ans avant d’accéder à la magistrature.

Il a d’abord été nommé juge à la Cour supérieure du Québec en 2002. Il est demeuré en poste pendant 10 ans, puis a accédé en 2012 à la Cour d’appel, plus haute instance de la province.

Au cours de sa carrière, il a également enseigné le droit des affaires, le droit du travail et le droit de la construction à l’Université du Québec à Montréal, à l’Université McGill et au Barreau du Québec.