Deux amoureux complices d'un funeste guet-apens. Un adolescent gravement blessé abandonné dans un boisé. Les vies de trois familles brisées. Tout ça pour une once de marijuana. Hier, deux jeunes ont reconnu en Chambre de la jeunesse avoir causé la mort d'un garçon « plein de rêves » l'an dernier à Montréal. Récit.

LOUIS-SAMUEL PERRON LA PRESSE

Novembre 2018. Les deux accusés, en couple depuis deux ans, ne fréquentent plus l'école. Le garçon de 17 ans trempe depuis deux mois dans le trafic de drogue. Les amoureux décident de piéger la victime pour lui voler une once de pot, soit près d'une trentaine de grammes, révèle le résumé des faits présenté hier par la procureure de la Couronne, Me Mélanie Rose.

Leur plan est simple : le voler par surprise dans le boisé du Domaine Saint-Paul, dans un secteur résidentiel de L'Île-des-Soeurs. C'est par la séduction que l'adolescente s'y prend pour attirer leur proie dans ce traquenard. « Il pense qu'on va se doucher et baiser sous l'eau. Lol », écrit-elle dans un message texte la veille du drame. Son copain déclare vouloir « niquer » la victime, un mot qui peut signifier frapper ou tuer en langage familier.

En soirée, le 11 novembre, l'adolescente marche avec la victime vers le boisé. Son complice patiente derrière un arbre. Pendant une demi-heure, les complices s'échangent des messages textes. « Essaie d'être de son côté droit », écrit-il. « T'es où, je gèle ? », se plaint-il. Quelques minutes plus tard, il commence à s'impatienter et suggère même de passer à l'acte une prochaine fois.

Mais le piège se referme finalement. L'assaillant s'en prend brusquement à la victime, qui tombe en agrippant l'adolescente.

Celle-ci aperçoit ensuite les deux garçons un peu plus bas du sentier, son complice penché au-dessus de la victime. « Passe-moi ton sac ! Passe-moi ton manteau ! Passe-moi ton cell ! Passe-moi tout ce que t'as ! Donne-moi tout, tout, tout, tout ! », crie l'assaillant d'une voix forte et menaçante. « Tiens. Prends tout, c'est tout ce que j'ai », répond sa victime.

Blessé à la cuisse

À un moment indéterminé pendant le vol, le garçon atteint la victime à la cuisse gauche avec une arme « tranchante et piquante » qui ne sera jamais retrouvée. La plaie traverse sa cuisse de bord en bord et entraîne une hémorragie fatale. L'adolescente ne voit toutefois pas cette scène. Le garçon sera retrouvé par un passant le lendemain matin. Les deux complices n'ont jamais contacté les secours. Ils seront arrêtés le surlendemain. Nous ne pouvons dévoiler leur identité puisqu'ils étaient mineurs au moment des faits.

« Bien que la mort de la victime ne soit pas intentionnelle, cette conséquence tragique est le résultat direct d'une série de décisions irréfléchies et moralement inacceptables. Vous avez profité de la confiance qu'avait la victime à votre égard pour lui tendre un guet-apens et le prendre entièrement par surprise », a déclaré la juge Karen Ohayon en imposant à l'adolescente une peine jeunesse de 30 mois de détention, dont 20 mois en garde fermée, fruit d'une suggestion commune, pour homicide involontaire et complot pour commettre un vol qualifié. Cette peine s'ajoute aux 6 mois déjà purgés de façon préventive.

« J'aimerais m'excuser à tout le monde que j'ai pu blesser par mes actions ou mon manque d'action. J'ai jamais eu l'intention de causer [inintelligible] », a déclaré l'adolescente, alors qu'une proche de la victime éclatait en sanglots.

« C'est quelqu'un de bien, de gentil et qui ne méritait pas ce qui est arrivé, je suis sincèrement désolée. »

- L'adolescente au tribunal

L'autre accusé plaide coupable

Devant un autre juge hier, l'autre accusé, maintenant âgé de 18 ans, a également plaidé coupable à une accusation d'homicide involontaire et de complot pour commettre un vol qualifié. Le jeune homme risque toutefois une plus longue peine de prison, puisque la Couronne demande à la cour de le juger comme adulte. Les parties reviendront en cour dans les prochaines semaines. « Mon client veut exprimer ses excuses à la famille et aux amis de la victime », a dit à La Presse son avocate, Me Lida Nouraie.

Les proches de la victime sont toujours bouleversés par sa mort tragique, ont confié des proches à La Presse. « Sa maman est démolie, atterrée. On ne sait pas comment la consoler. On ne sait pas comment se consoler », a sangloté une amie proche de la mère. « On a perdu un jeune garçon plein d'amour et de rêves. Un jeune de 17 ans qui était bon à l'école, qui suivait une nouvelle vie... Il adorait sa mère », s'est désolé un autre proche.