Vous avez mal quelque part ? Vous souhaitez vous faire rembourser des traitements de physiothérapie, de dentisterie, de chiropractie, d’acupuncture ? Et pourquoi pas vous offrir une nouvelle voiture au passage ? Jusqu’à récemment, une organisation criminelle d’experts en collisions pouvait arranger l’affaire en simulant un faux accident de la route de façon sécuritaire. Le tout en quatre étapes faciles.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

1. Recruter des clients

Le stratagème a été mis au jour dans le cadre d’une enquête baptisée « Projet Pactole », menée par la Division des enquêtes sur la criminalité financière organisée de la Sûreté du Québec (SQ), en collaboration avec la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) et le Bureau d’assurance du Canada.

En septembre 2016, la SAAQ avait découvert des cas similaires de fausses réclamations liées à des accidents de la route dans la région de Montréal. Une organisation criminelle semble avoir coordonné le tout « depuis plusieurs années », et « le stratagème utilisé est toujours d’actualité », écrit une enquêteuse de la SQ dans une déclaration sous serment datée du 12 avril et obtenue par La Presse.

« Les quatre têtes dirigeantes de l’organisation criminelle fréquentent le milieu des garages automobiles de Montréal-Nord et de Saint-Léonard à Montréal, de par leurs emplois, affiliations ou raisons sociales. Ils interagissent également avec plusieurs remorqueurs », résume la policière dans sa déclaration.

Dans les garages, ils ciblaient des clients qui souhaitaient se débarrasser de leur voiture afin de réclamer frauduleusement sa valeur à leur assureur, ou encore se faire payer des traitements médicaux par la SAAQ en prétextant avoir été victimes d’un accident routier.

2. Former des « couples »

Pour simuler un vrai accident, il faut deux voitures. Pour que la manœuvre fonctionne, il fallait donc toujours deux clients à la fois qui souhaitaient participer à la fraude. Les dirigeants de l’organisation formaient des « couples » de clients et leur facturaient entre 250 $ et 2500 $ pour le service de simulation, selon le contexte.

Les membres de l’organisation amenaient les voitures dans les rues d’un secteur industriel, souvent à Montréal-Nord ou à Saint-Léonard, en l’absence des propriétaires.

Ils prenaient leurs précautions, parfois même au point de porter un casque, et conduisaient les voitures eux-mêmes pour provoquer volontairement une collision en se percutant l’un et l’autre. « Quelques fois, les coussins gonflables sont déployés manuellement », souligne le document de la Sûreté du Québec.

3. Terminer la démolition

Comme les simulateurs d’accidents ne pouvaient pas rouler trop vite afin de ne pas se blesser gravement, les dommages qu’ils provoquaient lors de la collision avaient souvent besoin d’être « améliorés » pour que les véhicules soient vraiment déclarés « perte totale ».

Les suspects amenaient donc les voitures dans un garage où ils les abîmaient manuellement jusqu’à ce qu’elles soient vraiment dans un piteux état.

Les véhicules étaient ensuite remorqués jusqu’au bord d’une voie publique, voire carrément dans un fossé, afin de donner un aspect réaliste à la scène.

Des constats à l’amiable pouvaient être rédigés, mais les suspects s’arrangeaient aussi pour que la police, les pompiers et les ambulanciers soient appelés sur place. Des rapports d’accidents officiels étaient alors rédigés.

4. Passer à la caisse

Une fois l’accident constaté, les propriétaires des véhicules pouvaient le déclarer à leur assureur et collecter l’indemnité en conséquence.

Plusieurs participants en profitaient aussi pour réclamer le remboursement de soins de santé à la SAAQ. Au Québec, la société d’État rembourse dans certains cas les traitements de psychothérapie, de physiothérapie, d’acupuncture, de dentisterie et de chiropractie pour les blessures subies lors des accidents de la route. Les membres de l’organisation guidaient d’ailleurs leurs clients dans leurs démarches à ce sujet, selon la police.

Grâce à des filatures, des perquisitions et des opérations d’infiltration, quatre têtes dirigeantes ont été identifiées au sein de l’organisation : Florvil Faustin, 46 ans, Wilfrantz Laguerre, 40 ans, Samir Semlali, 36 ans, et Withmann Vilcinor, un remorqueur de 56 ans résidant à Bois-des-Filion.

Tous ont été arrêtés le 17 avril dernier. Ils font face à des accusations de fraude, de fabrication de faux documents (des constats à l’amiable), d’avoir conseillé à quelqu’un de commettre un acte criminel et de conduite dangereuse.