Les patrouilleurs et les enquêteurs de la section du renseignement du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) seront présents ce matin, autour de l’église Sainte-Marthe située sur le boulevard Gouin dans l’arrondissement Rivière-des-Prairies, dans le nord-est de Montréal, où auront lieu les funérailles d’un membre du noyau dur des gangs de rue d’allégeance rouge, Jean-Luc Sanon.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Sanon, alias Biggy, est mort d’une maladie fulgurante le 11 mars dernier, à l’âge de 38 ans. Hier, les policiers étaient déjà présents au complexe funéraire du boulevard Pie-IX, où sa dépouille a été exposée.

Sanon était très connu au sein des gangs de rue. Il était ce qu’on appelle dans le milieu un « vet », c’est-à-dire un vétéran.

Il avait commencé son parcours dans les gangs au sein des Bo-Gars avant d’être associé, par la police, à d’autres groupes d’allégeance rouge tels les Greenlands, les Unit 44 et les MFG (Money First Gangsters). Des membres de ces derniers ont été condamnés pour les meurtres de Gaétan Gosselin et de Vincenzo Scuderi, respectivement hommes de confiance de Raynald Desjardins et de feu Giuseppe De Vito, commis en janvier 2013.

Vie en danger

Sanon était très connu de la police et traînait de lourds antécédents de vol, fraude, braquage à domicile et dans des cafés italiens, extorsion, fraude, trafic de stupéfiants, crimes impliquant des armes, etc.

Son nom était revenu à quelques reprises dans des enquêtes sur des événements de violence survenus ces dernières années à Montréal, pour lesquels il n’avait toutefois pas été accusé.

Il avait également été avisé plus d’une fois par les policiers que sa vie était menacée.

Sanon était un proche de Chenier Dupuy, assassiné en 2012, vraisemblablement parce qu’il ne voulait pas prendre part à l’unification des gangs préconisée par Gregory Woolley.

Des documents de l’enquête policière Magot-Mastiff réalisée entre 2013 et 2015 révèlent que Sanon accompagnait Chenier Dupuy lorsque ce dernier aurait manqué de respect à Woolley, et qu’un contrat aurait ensuite été mis sur sa tête.

Les policiers auraient également avisé Sanon que sa vie était en danger après que l’un de ses proches, Edwidge Jacques, alias Cow-boy, eut été tué en 2015.

Sanon aurait été la cible de coups de feu à la suite d’une dispute avec un autre membre de gang en octobre 2016.

Comme aux États-Unis

Jean-Luc Sanon avait la particularité de s’entendre aussi bien avec les membres de gangs originaires du quartier Rivière-des-Prairies qu’avec ceux de Montréal-Nord.

« Il était un représentant de la culture des gangs de rue, une espèce d’influenceur qui faisait la propagande des gangs », a décrit une source policière à La Presse.

Sanon n’avait pas de voiture et sillonnait continuellement en véhicule ou à pied les rues des quartiers chauds du nord-est de Montréal, vociférant contre les uns, haranguant les autres et multipliant les esclandres contre les policiers.

Il arborait bijoux, casquettes et vêtements aux couleurs des gangs de rue du nord-est de Montréal, tels le rouge et le vert, même lors de ses nombreux passages au palais de justice de Montréal. 

Il apparaissait dans des vidéos musicales faisant l’éloge des gangs de rue sur l’internet. Sur les réseaux sociaux, il publiait des photos de lui prises dans des cimetières, près des pierres tombales d’amis, comme le font les membres de gangs de rue aux États-Unis.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.