(Saint-Jérôme) Ugo Fredette dit avoir vécu un « cauchemar éveillé » il y a deux ans : sa conjointe « hystérique » l’a poussé dans l’escalier et a tenté de le poignarder, alors qu’un septuagénaire l’a attaqué en tentant de s’emparer d’un enfant. Même s’il admet avoir tué Véronique Barbe et Yvon Lacasse, l’homme de 43 ans s’est posé en victime devant le jury mercredi.

Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse


Vêtu d’un veston noir, Ugo Fredette a présenté avec aplomb et émotions sa version des faits à son procès pour deux meurtres au premier degré devant une salle bondée au palais de justice de Saint-Jérôme. Visiblement nerveux au départ, il a témoigné d’un débit très rapide, avant de pleurer à plusieurs reprises en se remémorant les évènements du 14 septembre 2017.

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Véronique Barbe

« Hardcore ». C’est avec ce mot qu’Ugo Fredette a décrit sa relation avec sa conjointe Véronique Barbe, une amie d’enfance qu’il a commencé à fréquenter en 2010. Le couple en « symbiose » réglait leurs conflits par la sexualité. « On était comme deux amants », répète-t-il. Jamais, il ne lui disait « non », ajoute-t-il.


Quelques jours avant le drame, Véronique Barbe lui a asséné une claque au visage pendant une dispute, puis est sortie dehors pour « crier au secours », selon l’accusé. « Deux fois, elle a menacé de me tuer, elle m’a donné un coup de poing dans l’œil », témoigne-t-il. Un récit qui diffère passablement de la version donnée par une Véronique Barbe terrifiée à leur thérapeute de couple, la veille du meurtre.


Le jour du drame, une visite de l’ex-conjoint de Véronique Barbe sur un sujet qu’on ne peut pas aborder entraîne la colère de la femme de 41 ans. « Elle veut vendre la maison et se débarrasser de moi, elle me sacre après », raconte l’accusé. Véronique Barbe demande alors à un enfant d’appeler la police pour faire « coffrer » Ugo Fredette. Ce dernier fait sortir l’enfant de la maison. Toutefois, l’enfant a témoigné avoir vu Ugo Fredette tirer le corps de la victime dans la maison avant sa mort.   


Véronique Barbe lâche un « cri haineux ». Elle tente de « garrocher » son conjoint dans les marches en le poussant. Ugo Fredette court après elle dans la cuisine. En tournant le coin, il arrive face à elle. Elle essaie alors de l’attaquer avec un couteau. Il bloque le coup avec son bras, puis les fils se touchent dans sa tête. « Le chaudron a explosé », résume-t-il.


Ugo Fredette se souvient d’un flash sur le patio, alors qu’il poignarde Véronique Barbe au bras gauche. Puis, il voit sa conjointe, un couteau dans la poitrine, l’enfant accroupi près d’elle. « [L’enfant] dit : ‘’J’ai peur du sang’’ », souffle Ugo Fredette, la voix brisée.


Paniqué, Ugo Fredette quitte la maison avec l’enfant. Tout au long de sa cavale, il est « hanté » par l’image de Véronique Barbe, un couteau dans la poitrine. « Cette image-là me dégoûte. Je l’aimais ma blonde », sanglote-t-il.


« [L’enfant] va se faire enlever »


Ugo Fredette s’arrête à une halte routière de Lachute pour faire ses besoins dans un boisé. À son retour, un homme essaie de tirer l’enfant dans son véhicule. « [L’enfant] fight le monsieur. Je trouve ça inconcevable, j’ai l’impression qu’il va se faire enlever », se rappelle l’accusé, sans jamais nommer Yvon Lacasse, 71 ans, dans son témoignage.

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Yvon Lacasse


Ugo Fredette agrippe l’homme par le collet, mais ce dernier le frappe au visage, lui brise les lunettes et lui « grafigne » la figure. « J’engage le combat. J’ai donné un coup de poing », admet-il. Son objectif est clair : « protéger » l’enfant d’un homme « violent ». « Il m’agresse, pourquoi il m’agresse ? Je lui dis de lâcher [l’enfant] », explique-t-il.


Les deux hommes se battent carrément à l’intérieur du véhicule. « J’agrippe le monsieur par les bras, je l’ai carrément garroché par à terre […] comme une prise de judo. J’ai entendu un bruit sourd… comme un craquement. Aucun mouvement après ça. Il était inerte et ne respirait pas », raconte l’accusé.  

« J’ai des visions d’horreur, de tout ce qu’il s’est passé. Je suis hors de moi, j’ai peur. Je protège [l’enfant]. Dans ma tête, je protège [l’enfant]. La façon qu’il le tirait, c’était vraiment inapproprié », se remémore-t-il.


En panique, il prend le corps et le place du côté passager dans le véhicule Honda d’Yvon Lacasse. « Je suis sur la panique ben raide », dit-il. Il dépose ensuite le corps au bas d’une falaise et reprend la fuite. Il nie toutefois l’avoir laissé à l’endroit où il a été retrouvé, quelques jours plus tard, dans un état de décomposition avancée. Selon le pathologiste, Yvon Lacasse a eu plusieurs fractures à la tête et au dos, suggérant qu’un coup serait venu « à l’arrière » de la victime.


Le lendemain, en Abitibi, il réalise avec stupeur que l’enfant a les mains ensanglantées et que l’homme tirait peut-être l’enfant pour cette raison. « J’ai honte de moi, sanglote-t-il. J’ai vraiment honte de tout ce qui se passe. J’ai plein de regrets, je trouve ça dégueulasse… Je capote un peu en roulant, je décide d’essuyer les mains [de l’enfant] en roulant », témoigne-t-il.


L’accusé se dirige ensuite vers les chutes Niagara, en Ontario, pour faire plaisir à l’enfant, alors qu’une alerte AMBER est déclenchée depuis déjà quelques heures. Il voit même son visage et celui de l’enfant à la télévision, mais il réussit à fermer l’écran avant que l’enfant ne voie la scène.  

« L’étau se resserre » le lendemain après-midi. Les policiers ontariens installent un tapis clouté et obligent Ugo Fredette à s’arrêter. Il prend alors la fuite dans un boisé avec l’enfant. Apeuré par les aboiements de chiens, il ramasse une « imposante » branche d’arbre pour se défendre contre les animaux.


Puis, face à face avec les policiers, Ugo Fredette fait « semblant » de frapper l’enfant avec la branche dans l’espoir d’être abattu. Au poste de police, il tente ensuite de se tuer en apprenant la mort de Véronique Barbe et sa mise en accusation pour meurtre.


Natif de Saint-Eustache, Ugo Fredette s’est dépeint comme un passionné de cinéma. Il a raconté au jury avoir notamment travaillé sur un film au sujet de Cédrika Provencher. « J’ai travaillé aux côtés de Stéphane Parent, Marc Bellemare et Claude Poirier pour des documentaires d’enquête. On faisait des reconstitutions de scènes de crime avec des enfants et des femmes qui avaient été assassinées dans les années 70 », a-t-il raconté.   


L’avocat de la défense Me Louis-Alexandre Martin demande au jury d’acquitter Ugo Fredette des meurtres au premier degré et de le reconnaître coupable d’homicide involontaire. Le contre-interrogatoire du procureur de la Couronne Me Steve Baribeau s’amorce vendredi. Selon la théorie de la poursuite, Ugo Fredette a tué sa conjointe parce qu’il n’acceptait pas leur rupture.