Les policiers de Montréal sont en voie de connaître une année record en menant plus de tests de dépistage des drogues au volant que jamais.

Émilie Bilodeau Émilie Bilodeau
La Presse

Les policiers ont réalisé 198 tests l’année dernière et ils évaluent qu’ils en feront 300 d’ici la fin de l’année. C’est 25 fois plus qu’il y a 10 ans, quand les premiers agents évaluateurs du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ont été formés.

Ces tests de dépistage ont d’ailleurs mené à 42 arrestations depuis que la Loi sur le cannabis a été adoptée, en octobre 2018. Du côté de la Sûreté du Québec (SQ), les policiers ont arrêté 391 personnes conduisant avec les facultés affaiblies par la drogue depuis le début de l’année.

En 2019, deux personnes ont perdu la vie dans des accidents de la route impliquant un conducteur sous l’emprise de la drogue, selon les chiffres de la SQ obtenus par La Presse. Deux personnes sont aussi mortes dans un accident impliquant l’alcool au volant durant la même période.

Augmentation partout au pays

Des chiffres révélés par Statistique Canada en début de semaine confirment d’ailleurs que le nombre d’arrestations concernant la drogue au volant a augmenté partout au pays. Il y a eu 4345 arrestations au Canada en 2018, ce qui correspond à un bond de 27 % par rapport à 2017.

Ces chiffres n’étonnent pas Nathalie Valois, policière et conseillère à la sécurité routière au SPVM. 

Est-ce qu’il y a plus de personnes qui conduisent sous l’effet de la drogue ? On ne peut pas le dire. Ce qu’on sait, c’est qu’il y a beaucoup plus d’agents formés sur le terrain pour détecter la drogue au volant.

Nathalie Valois, policière et conseillère à la sécurité routière au SPVM

Paul Leduc, capitaine à la SQ, affirme aussi que les arrestations à la hausse sont dues au plus grand nombre d’agents évaluateurs sur le terrain. Alors qu’ils étaient 3 en 2009, ils sont aujourd’hui 60 à la SQ. Mais ça reste peu pour un territoire aussi grand que le Québec, dit-il.

« Quand un policier pense que quelqu’un est affecté par la drogue, la première chose qu’il fait, c’est trouver un agent évaluateur, dit M. Leduc. S’il n’y en a pas de disponible en dedans de deux heures, parce qu’on a deux heures pour effectuer les premiers tests, le policier laisse tomber. Malheureusement, on a un grand territoire. Soixante agents évaluateurs, ça ne couvre pas tout. »

« Pas toujours facile »

Pour les policiers, il est plus difficile de déterminer si une personne a conduit sous l’effet de la drogue que si un conducteur a consommé de l’alcool, précise Mme Valois.

« Avec l’haleine, tout le monde peut détecter l’alcool, dit-elle. Mais avec les capacités affaiblies par la drogue, ce n’est pas toujours facile. Les agents peuvent penser que le conducteur souffre d’une maladie mentale, qu’il est atteint d’un handicap physique ou même qu’il subit un arrêt cardiovasculaire. »

Quand un policier soupçonne un conducteur d’être sous l’emprise de la drogue, il le soumet à un test appelé « épreuve de coordination des mouvements ». Le chauffeur doit entre autres se tenir sur un pied et marcher sur une ligne droite.

Si les doutes du policier se confirment, il contacte un agent évaluateur. Celui-ci mesure notamment la pression artérielle du conducteur, son pouls et sa température. Il procède à un examen en 12 étapes qui peut se conclure par un test d’urine. 

C’est l’agent évaluateur qui fait la preuve officielle de la capacité affaiblie par une drogue. Il va déterminer quelle catégorie de drogue affaiblit les capacités du conducteur.

Nathalie Valois, policière et conseillère à la sécurité routière au SPVM

Mais attention, prévient Mme Valois : le cannabis n’est pas la drogue la plus répandue auprès des automobilistes. Dans 56 % des cas, le Laboratoire de sciences judiciaires a décelé des traces de méthamphétamines dans l’urine des conducteurs. Le cannabis (46 %) suit en deuxième place des drogues les plus répandues. Plus d’une drogue est souvent détectée dans un seul échantillon, souligne Mme Valois.

Simplification à venir

Le capitaine Leduc admet que le dépistage de la drogue au volant n’est pas une mince tâche. Il est convaincu que les tests vont se simplifier avec le temps. « J’imagine que ce ne sera pas en soufflant [comme pour détecter l’alcool], mais que ce sera un appareil comme celui pour mesurer le taux de glycémie. Avec un peu de sang, on attendra trois ou quatre minutes et on obtiendra un résultat », espère-t-il.

Pour simplifier le processus de détection de la drogue au volant, le SPVM discute actuellement avec le ministère de la Sécurité publique pour embaucher quelques infirmières qui travailleront dans des postes de police.

Depuis 2018, la loi permet aux policiers de demander à des conducteurs de fournir un échantillon de sang, mais le SPVM n’a pas les ressources nécessaires pour employer cette méthode.

— Avec William Leclerc, La Presse

Un Québécois sur cinq consomme du cannabis

Un Québécois sur cinq a consommé du cannabis au cours des 12 derniers mois, révèle un sondage rendu public aujourd’hui. L’étude menée par CROP pour le compte d’Éduc’alcool indique que 17 % des consommateurs mélangent l’alcool et le cannabis. Les Montréalais seraient aussi parmi les conducteurs les moins prudents de la province : 11 % d’entre eux ont pris le volant après avoir consommé de l’alcool au-delà de la limite permise, contre 8 % ailleurs au Québec. Les Montréalais (51 %) sont pourtant plus nombreux à croire qu’il est possible de se faire intercepter par un barrage policier que les autres Québécois (48 %). Le sondage a été mené auprès de 6732 répondants au téléphone et sur l’internet.