(Ottawa) Le procès pour agression sexuelle de l’ancien otage Joshua Boyle a pris une autre tournure inattendue, mercredi, alors que le témoin vedette de la Couronne, la femme de l’accusé, fait face à une possible accusation d’outrage, et pourrait être contrainte de se chercher un nouvel avocat.

Mia Rabson
La Presse canadienne

Caitlan Coleman, la femme de M. Boyle dont elle est maintenant séparée, était de nouveau contre-interrogée par l’avocat de la défense, Lawrence Greenspon.

Le couple a été retenu en otage pendant cinq ans par des extrémistes liés aux talibans en Afghanistan. Les Boyle avaient été capturés en octobre 2012 lors d’un voyage de randonnée et ils ont finalement été libérés en octobre 2017 par les forces pakistanaises. Ils ont eu trois enfants en captivité.

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Joshua Boyle

À son retour au pays, la famille s’est installée à Ottawa, où Joshua Boyle a été arrêté le 31 décembre 2017, lorsque Mme Coleman a fui l’appartement où ils vivaient. M. Boyle fait face à 19 chefs d’accusation, notamment d’agression sexuelle, de voies de fait et de séquestration.

Son ex-femme allègue qu’il l’a frappée à plusieurs reprises, lui a donné une fessée, l’a étranglée et l’a mordue — à la fois en captivité et après avoir emménagé à Ottawa. On allègue aussi que l’accusé lui avait donné une liste de règles à suivre, sans quoi elle serait punie.

Mme Coleman a commencé à témoigner en mars, mais le procès a été suspendu pendant plusieurs semaines, tandis que les tribunaux déterminaient ce que M. Greenspon pourrait lui demander sur ses antécédents sexuels.

Le 3 avril, le juge Peter Doody avait ordonné à Mme Coleman de ne pas avoir de discussions sur la preuve qu’elle a présentée — ou qu’elle allait présenter — avec un témoin ou potentiel témoin.

Des entrevues «très limitées»

Cependant, l’avocat de la défense a souligné que la dame avait offert au moins trois entrevues aux médias en avril et en mai, dont une au réseau CBC qui a été diffusée le 28 mai, et une avec ABC News, le 29 mai.

Mme Coleman, qui témoignait par visioconférence depuis les États-Unis, dit avoir offert une «entrevue très limitée» à ABC News, qui «n’incluait pas de détails sur ce qui s’est passé à Ottawa».

Elle a reconnu qu’elle s’était souvenue de l’ordonnance du juge.

«C’est pourquoi j’ai été très limitée dans ce que je disais en entrevue», a-t-elle soutenu.

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Lawrence Greenspon à son arrivée en cour mercredi.

M. Greenspon a rétorqué qu’elle avait discuté d’un certain nombre de choses dans ces entretiens qui faisaient partie des éléments de preuve présentés, concernant notamment la façon dont M. Boyle et elle se sont rencontrés et comment le couple était arrivé en Afghanistan avant d’être pris en otage. Elle aurait aussi partagé certains détails de leur captivité et certaines des règles que M. Boyle lui aurait fait suivre à leur retour à Ottawa.

Une déclaration importante

Mme Coleman a répondu qu’elle avait compris, de la part de ses avocats, qu’elle pouvait partager ces détails. C’est cette déclaration qui a complètement perturbé le procès.

L’avocat de la défense a dit qu’il ne se serait pas attendu à ce que Mme Coleman révèle qu’elle avait donné ces entrevues après avoir reçu l’approbation de ses avocats.

Des questions restent maintenant à éclaircir pour savoir si Mme Coleman a renoncé à son privilège avocat-client en avouant qu’elle avait demandé à ses avocats avant d’accorder des entrevues, et si elle a bel et bien contrevenu à l’ordonnance du juge.

L’avocat de Mme Coleman, Ian Carter, pourrait maintenant devenir témoin dans cette affaire et cesser de la représenter. Il aura maintenant son propre avocat et le juge Doody a conseillé à Mme Coleman de se chercher un autre avocat.

M. Greenspon a demandé au juge de délivrer une autre ordonnance plus stricte pour empêcher Mme Coleman de parler à quiconque du procès.

Le juge n’est pas allé aussi loin, mais il a rappelé à Mme Coleman qu’elle ne pouvait pas parler de la preuve directement ou indirectement à tout témoin potentiel.

Un interrogatoire serré

Plus tôt dans la journée, M. Greenspon a tenté de trouver des failles dans les allégations de Mme Coleman.

Il lui a notamment demandé de clarifier une déposition antérieure selon laquelle l’accusé l’avait obligée à prendre des somnifères qu’un médecin lui avait prescrits. Me Greenspon lui a demandé à maintes reprises si elle était d’accord pour dire que M. Boyle n’essayait pas de la forcer à se suicider : il essayait simplement de la faire dormir.

«Je ne crois pas qu’il m’obligeait à me suicider», a-t-elle déclaré à la cour. «C’est de la spéculation, mais je pense que s’il avait souhaité ma mort, il m’aurait déjà tuée.»

La défense tente de démontrer que les actes de violence sexuelle allégués ne se sont pas produits. Me Greenspon laisse entendre que Mme Coleman décrit des actes consensuels, mais que, délibérément ou non, elle ajoute des détails qui rendent ces activités non consensuelles.

Mme Coleman a admis qu’elle avait «malheureusement» participé à des pratiques sexuelles sadomasochistes avec M. Boyle alors qu’elle était à Ottawa, mais elle affirme que l’initiative de ces activités «révoltantes» ne venait jamais d’elle.

Elle a nié la suggestion de M. Greenspon selon laquelle elle aurait accepté de se faire attacher pour avoir une relation sexuelle avec son mari.

«Il n’y a jamais eu de cas à Ottawa où j’étais ligotée et que je voulais être ligotée», a-t-elle tranché.