Sami Bebawi, un ancien cadre de SNC-Lavalin qui multiplie les stratagèmes pour placer ses millions à l’abri avant son procès pour corruption, vient de réussir un nouveau tour de passe-passe. Plutôt que de vendre lui-même sa maison et risquer de voir le fruit de la vente confisqué, il a donné gracieusement la résidence à son ex-femme, qui l’a ensuite vendue elle-même cette semaine afin d’empocher 1,8 million de dollars en toute impunité, a constaté La Presse.

Vincent Larouche
Vincent Larouche La Presse

Les déménageurs avaient commencé à sortir les meubles de la résidence de la rue McDougall, à Outremont, la semaine dernière. La transaction a été finalisée cette semaine, selon les documents déposés au Registre foncier du Québec. 

L’ex-conjointe de Bebawi a pu repartir avec son magot, contrairement au fisc, qui réclame 28 millions en impôts impayés à l’ancien cadre de SNC-Lavalin et qui cherche par tous les moyens à se faire payer ne serait-ce qu’une fraction de cette somme.

Questionnée par La Presse, la vendeuse n’a pas souhaité commenter son coup d’argent.

Sentir la soupe chaude

La manœuvre avait été préparée il y a longtemps. C’est en 2012 que Sami Bebawi a commencé à sentir la soupe chaude. Le 23 avril 2012, soit 12 jours après la première perquisition de la Gendarmerie royale du Canada au siège social de SNC-Lavalin, il avait fait don de plusieurs immeubles à ses proches, dont sa maison de l’avenue McDougall, offerte sans contrepartie à son épouse de l’époque, de qui il a divorcé depuis.

Il avait aussi transféré 18,5 millions de dollars en Égypte, mais quand les autorités fiscales ont posé des questions à ce sujet, il a prétendu que, par une grande malchance, toute cette somme avait été perdue à la Bourse de Dubaï.

Au cours des années suivantes, Bebawi a été accusé de fraude et corruption (il doit subir son procès criminel en octobre). Le fisc s’est aussi lancé à ses trousses : Revenu Québec lui réclame 13 millions et l’Agence du revenu du Canada, 15 millions, soit au total 28 millions en impôts impayés.

Peu de chance qu’il paye ses impôts

En février dernier, les autorités fiscales ont obtenu des ordonnances afin de saisir d’urgence ses comptes bancaires. Les fonctionnaires ont plaidé « qu’il existe des motifs sérieux de croire que le recouvrement des montants […] peut être compromis » par les manœuvres de M. Bebawi. Ils ont dit craindre que M. Bebawi fasse bientôt faillite ou qu’il dilapide ses derniers avoirs qui demeurent à portée de main des autorités.

Le lendemain, l’ex-cadre a justement transmis au Bureau du surintendant des faillites du Canada un avis d’intention de faire une proposition de règlement à ses créanciers.

À ce jour, cette proposition est toujours à l’étude. Mais le fisc ne se fait pas d’illusions. Dans un document judiciaire déposé au palais de justice de Montréal, les avocats de Revenu Québec soulignent que les actifs qui pourraient éventuellement être confisqués sont « nettement insuffisants » pour rembourser tout ce que M. Bebawi doit au Trésor public.