D’abord accusé de meurtre, un entrepreneur en construction qui avait tué un partenaire d’affaires de 32 coups de couteau a pu s’entendre avec la couronne afin de plaider coupable à une accusation réduite d’homicide involontaire lundi.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

Alain Michel Boyer a raconté comment la victime dans cette affaire, un entrepreneur en pavage du nom de Domenico Iacono, l’aurait intimidé pour un différend de 100 000 $, allant jusqu’à entrer chez lui pour le menacer avec un tournevis le jour du drame.

L’affaire remonte à 2016. Domenico Iacono avait joué le rôle d’intermédiaire entre Boyer et des propriétaires qui souhaitaient vendre un terrain à Laval, selon l’exposé des faits déposé en cour. Boyer a fait une offre d’achat qui est finalement tombée à l’eau, car il n’arrivait pas à réunir les fonds nécessaires à la transaction.

Même si la vente est tombée à l’eau, Domenico Iacono aurait exigé de recevoir une commission de 100 000 $ pour les services offerts à Boyer. Il serait revenu à la charge à plusieurs reprises pour se faire payer. Boyer a raconté qu’il menaçait de « le faire collecter », même si dans les faits, sa réclamation n’avait aucune base légale. Boyer avait peur, il croyait avoir affaire à un proche de la mafia (ce qui n’était pas le cas).

Tournevis et couteau

Le 26 octobre 2016, Iacono se serait présenté chez Boyer, à Saint-Léonard, pour « arranger les affaires ». Il aurait insisté pour entrer à l’intérieur et visiter chaque pièce, puis la discussion s’est envenimée. Boyer affirme qu’il a demandé à Iacono de partir, sans quoi il appellerait la police. Il affirme que Iacono a alors posé la main sur un couteau qui traînait parmi d’autres outils au sous-sol.

Boyer affirme avoir tenté de l’empêcher de prendre le couteau. Iacono aurait alors glissé sur un papier, serait tombé, puis aurait saisi un tournevis pour foncer vers Boyer.

« L’accusé déclare qu’il a senti sa fréquence cardiaque augmenter frénétiquement. Instinctivement, il aurait ramassé le couteau et en voyant Iacono foncer vers lui avec un tournevis, il n’a plus rien vu et a asséné un ou deux coups de couteau. Il déclare ne se souvenir de rien d’autre », précise le résumé des faits.

« La seule dernière image que j’ai c’est qu’il fonce sur moi avec le tournevis ; pis là, on dirait que les lumières ont comme éteindu. Pis j’ai senti donner un coup ou deux, pis je me rappelle plus de rien […] C’est comme si je me suis évanoui, tsé comme quelqu’un qui ne noie. T’es dans le milieu d’un lac puis tu ne sais pas nager, t’es de même là, tu ne vois plus rien, tu patauges, je me suis senti comme ça », avait témoigné l’accusé lors d’une étape préliminaire.

Tentative de camouflage

Lorsque Boyer a repris ses esprits, Iacono gisait sur le sol, mort. L’autopsie révélera 32 blessures à coups de lame.

L’entrepreneur en construction a fondu en larmes puis a ensuite cherché à camoufler son crime en cachant la dépouille de sa victime dans le coffre de la voiture de cette dernière, avant d’aller la stationner un peu plus loin. L’enquête policière a mis peu de temps à l’identifier comme principal suspect.

Un psychiatre chargé d’évaluer Alain Michel Boyer a soulevé deux explications possibles pour le geste : la colère et la peur. Mais il a exclu la possibilité que l’accusé ait pu faire une psychose.

Les observations sur la peine auront lieu le 31 juillet prochain. Outre l’homicide involontaire, l’accusé s’est avoué coupable d’outrage à un cadavre dans ce dossier.