Le juge Éric Downs de la Cour Supérieure a accepté hier de rendre publique des vidéos dans lesquelles l'ancien chef guerrier des Hells Angels, Maurice Boucher, discute avec sa fille du meurtre du caïd Raynald Desjardins.

Mis à jour le 5 juin 2018
Daniel Renaud LA PRESSE

Boucher, 64 ans, a été condamné à dix ans de pénitencier au début du mois après avoir plaidé coupable à un chef de complot pour meurtre.

La plus grande partie de la preuve reposait sur des vidéos captées à l'été 2015 par les caméras de surveillance au parloir du Centre régional de réception du pénitencier de Sainte-Anne-des-Plaines - où Boucher est détenu - lorsque le motard recevait la visite de sa fille, Alexandra Mongeau.

Sur ces vidéos, on voit et on entend notamment Boucher chuchoter des mots, parler en code et mimer certains gestes. Durant l'une des ces conversations, Boucher utilise par exemple les mots «les banques» pour désigner Desjardins, voulant vraisemblablement signifier les caisses Desjardins. Il dit également que «d'après lui, il (en parlant de Desjardins), va venir ici», (au Centre régional de réception de Sainte-Anne-des-Plaines)

Trois séquences vidéo ont été présentées en preuve. Quelques médias, dont La Presse, ont présenté une requête pour les obtenir et les publier, et le juge Downs leur a donné raison.

Des messages

Au début de l'été 2015, Desjardins a plaidé coupable d'avoir comploté le meurtre de l'aspirant parrain Salvatore Montagna et il était en attente d'une sentence fédérale. Le 11 juillet 2015, lors d'une visite de sa fille, Maurice Boucher lui a demandé de livrer un message à une connaissance voulant qu'il pourrait organiser l'assassinat de Raynald Desjardins - en échange d'argent - lorsque le caïd serait transféré au Centre régional de réception de Sainte-Anne-des-Plaines.

«Tu diras, euh, que c'est... quand y parlait l'autre jour à la T.V.... ces affaires-là, euh, Raynald Desjardins. Dans les affaires de la mafia. Si y vient icitte, je connais quelqu'un moi qui peut tuer si y veut», a dit Boucher, en mimant le geste de piquer et en frottant son pouce et son index, pour symboliser l'argent. «Parce que d'après moi, y va venir icitte. S'il vient icitte, on va pouvoir (chuchotement) le tuer», ajoute Maurice Boucher.

Le 26 juillet, Alexandra Mongeau est revenue visiter Maurice Boucher. Elle lui a dit avoir «des nouvelles» de l'autre et qu'il était d'accord. Il y a alors eu une autre conversation portant notamment sur l'endroit où serait détenu Desjardins. Boucher a expliqué à sa fille qu'il inviterait Desjardins à s'installer dans leur unité.

«Il y a des places icitte où qu'ils vont l'envoyer. Ben moi (en faisant un geste manuel invitant quelqu'un à s'approcher) m'a dire: Aïe, viens t'en avec nous autres! T'sais pour que l'autre....» a ajouté Boucher, en mimant l'acte de poignarder.

Dans l'une des vidéos, Boucher rappelle à sa fille qu'ils doivent faire attention à ce qu'ils disent, car ils pourraient être écoutés. Il ne croyait pas si bien dire.

Alexandra Mongeau était elle aussi accusée d'avoir comploté le meurtre de Desjardins, mais la Poursuite a choisi de ne pas présenter de preuve et elle a été libérée de cette accusation. La femme de 28 ans a toutefois plaidé coupable à un chef de recel et elle a été condamnée à une peine de 21 mois à purger dans la collectivité. Une troisième personne doit encore subir un procès dans cette affaire.

Un rapport de renseignement de la Sûreté du Québec daté de décembre 2014 rendu public hier révèle que la police considérait toujours à ce moment Maurice Boucher comme un membre des Hells Angels. «Récemment, des informations ont été transmises à L'effet que Maurice Boucher ne serait plus dans l'organisation des Hells Angels. Nous devons cependant attendre la fin de sa détention pour effectuer un changement de statut», écrit le policier Guy Dicaire dans son rapport.

Boucher purge une sentence à vie pour le meurtre de deux gardiens de prison et cette affaire de complot contre Raynald Desjardins n'aidera pas sa cause s'il choisit de se présenter devant les commissaires aux libérations conditionnelles dans quelques années.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le (514) 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l'adresse postale de La Presse.