Après avoir enfilé de longs gants rouges en plastique et un «masque d'indien à tête de mort», Martin Gauthier-Béland a planté un couteau dans le cou de son compagnon de chambre, qui dormait. Schizophrène, il voulait imiter «Michael Myers, le tueur en série des films Halloween». Il est maintenant accusé de meurtre prémédité. La défense cherche à le faire déclarer non criminellement responsable.

Publié le 20 nov. 2012
CHRISTIANE DESJARDINS LA PRESSE

«Ses gestes et ses décisions sont teintés par la maladie mentale, a expliqué Me Martin Latour, mardi matin, lorsqu'il a commencé à présenter la défense au jury. Un peu plus loin dans son exposé, l'avocat a ajouté que ce n'est toutefois pas «le procès de la désinstitutionalisation». Léo Paquette, 45 ans, a été assassiné dans la nuit du 8 septembre 2010, à La Relance, un foyer de groupe de la rue Notre-Dame Est, rattaché à l'hôpital psychiatrique Louis-H.-LaFontaine. Après son adresse au jury, Me Latour a appelé son client à la barre.

Vêtu d'un vieux t-shirt troué, l'accusé de 29 ans a répondu aux questions et parlé de sa vie, de sa famille, de ses délires, de sa consommation, de ses médicaments, de ses tatouages (qui l'aident à dormir quand ils sont nouveaux), de ses tentatives de suicide...

Internements

Plus jeune, Martin Gauthier-Béland réussissait assez bien à l'école. Cela s'est gâté à l'adolescence. Il manquait de concentration. Il n'a pas fini sa première secondaire et n'est jamais retourné à l'école. Il a été interné pour la première fois en 1997, alors qu'il avait 14 ans. «Je m'étais couché en plein milieu de l'asphalte. Les ambulanciers m'ont amené à l'hôpital Rivière-des-Prairies.» Sa schizophrénie a été diagnostiquée très tôt. Il a été interné plusieurs fois par la suite, dans des établissements pour mineurs, et 16 fois après sa majorité. «Je n'agissais pas comme un gars normal, ma mère me le disait.»

Selon son récit, il entendait et entend toujours des voix, souffre d'insomnie, qu'il attribue à la «pollution», et est obnubilé par l'ombre et la lumière, le paradis et l'enfer... «Dans la Bible, le prince des ténèbres s'appelle Belzébulle, comme un genre de pensée bulle. Mais ça ne veut pas dire que je ne comprends pas. J'ai l'intelligence d'un être humain», a-t-il dit mardi.

En septembre 2010, il se trouvait à La Relance pour la septième fois. Il a eu comme compagnon de chambre Léo Paquette, 45 ans, schizophrène lui aussi. L'homme avait des tas de cassettes de «vieille musique», ce qui irritait Martin Gauthier-Béland. «Toute du vieux, vraiment du vieux, de la bullshit. J'ai pas aimé son attitude, il était trop désorganisé», a expliqué l'accusé mardi. M. Paquette, de son côté, disait qu'il n'y avait que les schizophrènes qui écoutaient les films d'horreur que Martin se plaisait à regarder.

La nuit du 8 septembre, après avoir écouté un film de «superhéros», le jeune homme a tué M. Paquette dans son sommeil, d'un seul coup de couteau. Il est ensuite sorti, s'est rendu dans un dépanneur, a appelé le 911 et avoué son crime. Il aurait commis le meurtre parce qu'il voulait retourner plus vite en institution. Il a déjà vécu en appartement, et pour lui c'était une prison. Pas moyen de dormir avec la pollution, le téléphone...

La procureure de la Couronne Éliane Perreault poursuivra son contre-interrogatoire mercredi, dans ce procès qui se tient à Montréal et qui est présidé depuis deux semaines par le juge Guy Cournoyer.