Leader «rassembleur» au «parcours impeccable». Le ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron, n'a pas lésiné sur les hommages en décrivant le parcours de Mario Laprise, ce policier un peu hors norme qui dirigera désormais la Sûreté du Québec (SQ).

Denis Lessard et Fabrice De Pierrebourg LA PRESSE

Quelques jours après son arrivée, la Sûreté du Québec accroît son emprise sur l'Unité permanente anticorruption (UPAC). Ancien chef d'orchestre à Carcajou, escouade d'élite mobilisée contre les motards, Laprise nomme à l'Unité un de ses compagnons d'armes de l'époque, l'inspecteur Louis Vincent, qui prendra la relève de Gilles Martin comme responsable des opérations. Au fil des ans, M. Martin, ancien policier, était vu comme un fonctionnaire, tout comme son patron, Robert Lafrenière. Une des sources des problèmes de Richard Deschesnes, mis sur la touche avant la fin de son mandat, a trouvé une solution hier.

Bien que l'ancien policier Robert Poëti ait soutenu que M. Laprise, «homme compétent», était sympathique au Parti québécois, le nouveau patron n'a pas de couleur politique. Il est clair, toutefois, qu'il a obtenu ses promotions quand le gouvernement était péquiste. Il était notamment dans les bonnes grâces du regretté Guy Coulombe, mandarin-bulldozer, civil nommé par le gouvernement Bouchard pour remettre de l'ordre après le bref séjour de Serge Barbeau. Depuis sept ans, à la retraite de la SQ, M. Laprise était responsable de la sécurité à Hydro-Québec. Il avait la responsabilité de 500 enquêteurs et surveillants et profitait d'un bien meilleur salaire que celui de patron de la police. Étonnamment, M. Laprise a un point en commun avec le patron de l'UPAC, Robert Lafrenière: les deux ne feront pas de cadeaux à Jacques Duchesneau, député caquiste et ex-patron des policiers de Montréal. M. Duchesneau convoitait le poste de M. Lafrenière. Avec Laprise, les tensions sont plus anciennes. Dans les années 90, quand ce dernier était patron de l'escouade mixte Carcajou, M. Duchesneau avait retiré avec fracas ses enquêteurs de l'escouade pour avoir plus de contrôle sur les opérations.

Rapport Poitras

En janvier 1999, le rapport Poitras a porté un dur jugement sur le travail du policier Mario Laprise. Rappelons que la Commission devait mettre en lumière le travail des policiers dans une enquête interne dans la foulée de l'affaire Matticks. Un juge avait conclu que des policiers avaient intentionnellement fabriqué de la preuve pour incriminer la famille Matticks.

Dans son rapport, la commission Poitras a souligné que M. Laprise, avec trois autres officiers, avait montré «un manque de collaboration et de transparence. Ils ont démontré de la méfiance et de la réticence à l'endroit des enquêteurs». «Comme ils se sont cabrés, il était prévisible que leurs subalternes fassent de même, et cette attitude et ce comportement sont d'autant plus inexcusables [...] qu'ils étaient impliqués au premier chef dans l'opération policière.»

La Commission a aussi relevé que M. Laprise avait écrit le rapport de la Sûreté du Québec sur la lutte contre les motards remis en 1998 à la Sécurité publique. Or, il s'agissait «d'un plagiat au moins partiel» d'un rapport de la Communauté urbaine de Montréal, dirigée par Jacques Duchesneau. Les commissaires ont même constaté que ce rapport contenait surtout des remarques désobligeantes envers les autres corps de police qui participaient à Carcajou, «ou visant à mousser la contribution de la SQ à cette escouade».

Relancé à ce sujet par La Presse cette semaine, le ministre Bergeron n'a pas bronché. Malgré ces constats, Mario Laprise a toujours obtenu des promotions, un gage de sa compétence, a-t-il résumé.

Précédemment, toutefois, une plainte en déontologie policière en mai 1993 avait empêché M. Laprise d'être promu, en février 1996. La plainte, soumise aux audiences de la commission Poitras, accusait Laprise de «ne pas s'être comporté à l'égard d'une citoyenne de manière à préserver la confiance et la considération que requiert sa fonction et d'avoir abusé de son autorité». La plaignante, employée civile de la SQ, soutenait avoir fait l'objet de remarques désobligeantes sur son orientation sexuelle présumée. La plainte avait été retirée, et Laprise avait pu être promu capitaine, en juin 1996.