C'est arrivé il y a presque 10 ans, mais le souvenir que garde Paul Boyer de sa rencontre avec l'agente Stéfanie Trudeau, le soir de l'Halloween 2003, et des troubles qui ont suivi est toujours bien imprimé dans sa mémoire. «C'était de l'abus de pouvoir. Ce fut un tourment psychologique incroyable», dit ce résidant du quartier Centre-Sud.

CHRISTIANE DESJARDINS LA PRESSE

M. Boyer a été interpellé rudement par la policière, le 31 octobre 2003 vers 22h, dans le quartier, en raison de la manière dont il manoeuvrait la poussette de sa fille. «Je revenais d'une fête d'Halloween. Ma conjointe était restée là-bas, et moi, je rentrais à pied à la maison pour coucher ma fille.» Selon ses explications, M. Boyer faisait des facéties avec la poussette dans une côte, pour distraire sa fillette.

À un certain moment, les agentes Stéfanie Trudeau et Anabelle Roy l'ont interpellé, apparemment parce qu'elles ont cru que l'enfant était en danger. Interloqué et ne comprenant pas ce qui se passait, M. Boyer a voulu avoir des explications, mais l'agente Trudeau lui a ordonné de «fermer sa gueule» et de lui donner son permis de conduire. Il a vu qu'il n'y avait pas de discussion possible.

«J'ai fermé ma gueule, raconte M. Boyer. Elles m'ont embarqué de force dans l'auto de police, en arrière, avec les portes barrées. Je n'étais pas menotté, mais elles ont pris ma fille en avant avec elles. Elles nous ont reconduits à la maison. Ma fille n'était même pas attachée en avant. Le lendemain, la DPJ est venue chez nous.»

Après être sorti de cette malencontreuse situation, il a porté plainte en déontologie contre les deux policières, le 1er décembre 2003. Il leur a imputé un abus d'autorité, un manque de probité, leur a reproché d'avoir utilisé une force plus grande que nécessaire, de l'avoir accusé sans fondement et d'avoir manqué de respect et de politesse à son égard. Il est aussi allé se plaindre au supérieur de la policière. «J'ai cassé leur équipe», dit-il, en parlant de Mme Trudeau et  de Mme Roy. Quoi qu'il en soit, le commissaire à la déontologie a fini par entendre la plainte, qu'il a rejetée, en 2005. «Ça prend des preuves. Ils se tiennent tous. Il aurait fallu que j'aie des bleus, des témoins...», s'indigne M. Boyer.

Néanmoins, pour lui, l'affaire était terminée. Mais pas pour Mmes Trudeau et Roy, qui l'ont poursuivi en cour des petites créances. Les deux policières alléguaient que, en portant plainte en déontologie, M. Boyer avait agi par malice et avec mauvaise foi dans le but de leur nuire. Elles lui réclamaient toutes deux 7000$, le maximum permis aux petites créances.

M. Boyer a évidemment dû se défendre, ce qui lui a causé des tracas supplémentaires. En juin 2007, le juge Sylvain Coutlée a rejeté la réclamation des policières. Rien dans l'analyse du commissaire et dans la preuve présentée ne permettait de conclure à la mauvaise foi de M. Boyer, a conclu le juge.

M. Boyer, un charpentier qui se décrit comme un père de famille tranquille, affirme qu'il n'avait jamais eu affaire à la police auparavant. Cette expérience lui a laissé un goût bien amer. Quand La Presse l'a joint, hier, il n'avait pas vu la vidéo impliquant la policière Trudeau, souvent désignée comme matricule 728, mais il avait entendu la bande audio. «D'après moi, les policiers ont du mal avec elle. Mon appréciation, c'est qu'elle est complètement disjonctée. Quand je suis allé en déontologie, j'ai dit: je ne sais pas ce qu'ils prennent comme drogue, mais c'est hyper, c'est dangereux.»

«Et on leur met une arme dans les poches», ajoute-t-il avec dépit. La Presse a tenté d'obtenir la décision du commissaire rendue en 2005, mais comme la plainte n'a pas été retenue, le dossier est confidentiel, a indiqué le commissaire à la déontologie, Claude Simard.