Bombardé de questions au procès contre les géants du tabac, un dirigeant de JTI-Macdonald a avoué aujourd'hui qu'il n'a jamais tenté de mesurer le risque de cancer chez les usagers de son produit. Selon lui, il suffit de savoir que la cigarette peut, dans certains cas, causer le cancer. Ce que le public, y compris les adolescents, comprend très bien, dit-il.

Publié le 18 sept. 2012
Vincent Larouche LA PRESSE

Le Canadien Michel Poirier, président de JTI-Macdonald pour l'Amérique, a passé la journée dans le box des témoins au palais de justice de Montréal, dans le cadre du double recours collectif des fumeurs contre les cigarettiers.

Jusqu'ici, les audiences s'étaient d'avantage concentrées sur Imperial Tobacco. Son tour venu, le représentant de JTI-Macdonald s'en est tenu à la défense que martèlent depuis des mois les compagnies de tabac : les fumeurs connaissaient les risques et doivent assumer les conséquences de leurs gestes, et les entreprises ne peuvent être tenues responsables de quoi que ce soit.

M. Poirier a déclaré à la cour que ses clients savaient l'important: «Fumer peut vous tuer. C'est ça, l'information pertinente», a-t-il insisté.

Interrogé à plusieurs reprises sur des chiffres ou des pourcentages de risques, il a dit ignorer totalement combien de fumeurs mourraient du cancer du poumon. Il ne connaît pas non plus le taux de risque de souffrir de cette maladie pour un fumeur.

«Ce que je sais, c'est qu'il y a une forte corrélation avec le cancer du poumon, mais à part ça...» a-t-il laissé tomber.

Le taux de risque de cancer chez les fumeurs est-il une information pertinente que l'entreprise devrait communiquer à ses clients? «Ce le serait si nous avions des chiffres, mais nous ne les avons pas. Le gouvernement a des chiffres, mais je ne peux être en accord ou en désaccord, car je ne sais pas d'où ils viennent», a-t-il dit.

Le dirigeant, qui travaille pour l'entreprise depuis 1998, a dit avoir les moyens d'embaucher des épidémiologistes pour tenter des calculs, mais ne pas l'avoir fait.

Sur la question des adolescents, M. Poirier a dit n'avoir aucune étude quant à leur relation avec le tabac ou leur connaissance de ses dangers. Mais il est convaincu qu'ils savent l'essentiel, lui-même ayant compris dès l'âge de 5 ans que fumer comporte des risques.

«Je doute que quiconque dans une salle de classe ignore les risques de fumer», a-t-il dit, en se basant sur «le bons sens» et son expérience personnelle.

Si les entreprises sont déclarées coupables, elles pourraient avoir à verser jusqu'à 27 milliards de dollars aux requérants. Deux recours ont été jumelés. Le premier représente 90 000 fumeurs et ex-fumeurs québécois victimes du cancer du poumon, de la gorge ou du larynx, ou encore d'emphysème. Le deuxième recours a été intenté au nom des 1,8 million de personnes dépendantes du tabac au Québec. Les trois géants du tabac visés sont Imperial Tobacco, JTI-Macdonald et Rothmans Benson & Hedges.

Dans un dossier distinct, Québec réclame aussi 60 milliards de dollars aux fabricants de tabac en compensation des frais que le tabagisme a imposés au système de santé.