Faut-il «débrancher» une fillette de 2 ans qui aurait été maltraitée par ses parents au point de lui faire frôler la mort cérébrale, si ces mêmes parents s'y opposent?

Mis à jour le 17 sept. 2012
Philippe Teisceira-Lessard LA PRESSE

C'est la question qui émeut l'Alberta depuis plusieurs jours.

Vendredi, une juge de la province a autorisé ses médecins à mettre fin à la vie de «Baby M», même si ses parents plaidaient pour qu'elle demeure sous respirateur artificiel.

Au centre du problème: les accusations qui guettent les deux parents. Si la fillette continue à vivre, les accusations de maltraitance qui pèsent contre eux seront maintenues. Si elle meurt, ce sont plutôt des accusations de meurtre ou d'homicide qui seront déposées.

«Pieux mulsulman»

«Je suis un pieux musulman. Je crois fermement que la vie et la mort ne relèvent pas de nous, mais d'Allah», a expliqué le père dans son témoignage. Comme sa femme, il s'agit d'un immigrant algérien de 34 ans. Ils ont été arrêtés en mai dernier.

Les médecins, pour leur part, affirmaient que les chances de voir l'enfant vivre à nouveau de façon acceptable étaient nulles. «C'est un enfant voué à mourir à court ou à moyen terme», a estimé Allan de Caen, un médecin responsable du dossier.

«Je demande aux membres de l'équipe médicale de la fillette d'arrêter les traitements qui la maintiennent en vie et qu'on lui fournisse les soins palliatifs qui seront dans son meilleur intérêt», a conclu la juge June Ross. Trois heures plus tard, un autre juge a ordonné que ce jugement ne soit pas appliqué immédiatement, afin de donner le temps aux parents de porter la cause en appel.

Intérêt de l'enfant

C'est l'intérêt de l'enfant qui doit guider le tribunal dans sa décision, a indiqué à La Presse Michelle Giroux, professeure de droit civil à l'Université d'Ottawa et experte de la bioéthique. Il s'agit toujours du premier critère à prendre en compte lorsqu'un juge décide du sort d'un mineur.

La qualité de vie et les besoins de l'enfant doivent être au centre de cette réflexion complexe. «Il faut aussi s'assurer qu'il n'y ait pas une disproportion entre les bienfaits qu'on espère et les risques associés au traitement», a ajouté Mme Giroux.Pour l'éclairer, le tribunal «doit prendre en considération toutes les opinions, notamment celle des médecins et celle des parents».

En temps normal, «les parents ont le droit décider». Toutefois, «le tribunal peut intervenir lorsque le parent exerce un consentement ou un refus qu'on trouve injustifié», a expliqué la professeure. Il s'agit d'une «règle de protection».

En raison de leurs connaissances poussées, les professionnels de la santé reçoivent toujours une oreille attentive dans ce genre de cas, selon Michelle Giroux

«Le corps médical est toujours un expert-clé pour déterminer ce qui est bon et ce qui n'est pas bon», a-t-elle évalué.

À première vue, donc, on ne devrait pas tenir compte des gestes présumés des parents pour déterminer le sort de la fillette. Les accusations déposées contre les parents peuvent toutefois miner leur crédibilité en tant que témoins.