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La communauté anglophone se dissocie du geste de Bain

Le comédien Jay Baruchel, qui habite le quartier... (Photo archives La Presse)

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Le comédien Jay Baruchel, qui habite le quartier Notre-Dame-de-Grâce, a eu le coeur brisé en entendant les propos de Richard Henry Bain.

Photo archives La Presse

Isabelle Hachey

Quand Josh Freed a aperçu l'énergumène en robe de chambre escorté par des policiers, au terme de la soirée électorale la plus tragique de l'histoire de Radio-Canada, il a prié pour que ce fou ne soit pas anglophone.

Mais l'homme a crié: «Les Anglais se réveillent! Les Anglais se réveillent!» Et le coeur de Josh Freed, chroniqueur au journal The Gazette, s'est tordu de douleur.

«J'aurais préféré qu'il crie: "Les martiens arrivent! Les martiens arrivent!" Il aurait alors été un fou entièrement certifié, sans programme», se désole ce Montréalais anglophone et francophile.

«Le danger, maintenant, c'est que ça devienne politique. C'est vraiment la dernière chose dont nous ayons besoin. Bon Dieu, nous parlons de la taille de l'affichage sur la devanture des commerces, il n'y a pas de raison de sortir les armes!»

Le comédien Jay Baruchel, qui habite toujours le quartier Notre-Dame-de-Grâce malgré une carrière enviable aux États-Unis, a aussi eu le coeur brisé en entendant les propos de Richard Henry Bain.

«Je n'aime pas quand on parle au nom de ma communauté. Peu importe ce que dit ou pense cet homme, cela n'a rien à voir avec la politique. Rien ne peut justifier ce qu'il a fait. C'est un fou.»

Tensions réelles

Tous les représentants de la communauté anglophone joints hier par La Presse abondent dans son sens: il n'y a absolument aucun lien à faire entre la tragédie et les tensions - bien réelles - que certaines promesses péquistes ont provoquées chez les anglophones au cours de la campagne électorale.

«Cet homme est un malade, on ne peut l'expliquer autrement. Cela dit, Mme Marois en a froissé plusieurs, surtout avec son idée de faire passer des tests de français pour se porter candidat à une élection», admet Peter Trent, maire de Westmount.

«Il y avait une grande anxiété dans la communauté, à cause des questions identitaires soulevées par Mme Marois. Beaucoup de gens m'ont dit que, si le PQ obtenait une forte majorité, ils quitteraient la province. Je n'avais pas entendu cela depuis le dernier référendum», ajoute Josh Freed.

Mais parmi les douzaines de personnes qu'a interrogées le chroniqueur pendant la campagne, aucune n'a jamais évoqué le moindre désir de régler ses comptes avec le PQ par la violence.

Nombre d'entre eux ont néanmoins été soulagés par la mince marge de manoeuvre qu'a obtenue Mme Marois mardi soir. «Nous étions une vingtaine à regarder la télévision à la Gazette. Au début de la soirée, c'était le silence, mais au bout d'une heure, les gens ont commencé à se détendre», raconte Josh Freed.

Le discours victorieux de Mme Marois a contribué à mettre du baume sur les plaies. «J'avoue que j'ai été très impressionné, dit Robert Libman, ancien chef du Parti égalité. C'était un discours rassembleur, dans lequel Mme Marois a fait l'effort de parler anglais. Cela a été très bien reçu.»

M. Freed confirme: «Pour la première fois, elle a parlé à tous les Québécois. Je découvrais une femme que je n'avais jamais rencontrée pendant la campagne.» Et pour la première fois, les anglophones avaient - presque - le coeur léger.

Quelques minutes plus tard, c'était l'horreur.




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